AGAPES FRANCOPHONES 2023
Fatima Zohra LABED Centre Universitaire de Mila, Algérie 238 « malhonnête et pompeuse » dans laquelle se cantonne le plus souvent le récit guerrier algérien n ’ est apte qu ’ à reproduire artificiellement le monde et les expériences, au lieu de les restituer dans leur complexité et leur profondeur. Ce qui prime réellement chez cet épigone de Louis-Ferdinand Céline, c ’ est bien plutôt « l ’ hallucination provoquée par la guerre et non la réalité ou la vérité. » (Ibrahim-Ouali 2000, 143). L ’ écriture de la guerre chez Boudjedra n ’ est pas fondée sur la croyance en une « vérité » historique, objective ; le vécu, l ’ expérience, la mémoire individuelle et collective sont la matière première de son écriture. Pour Boudjedra, il n ’ y a pas une écriture, voire « une lecture officielle, figée, scolaire, mécaniste et opportuniste » de l ’ Histoire. « Les grands événements historiques, les grandes conventions, les grands armistices, les grands discours et les grands accords vont perdre de leur importance face à une histoire douloureuse vécue par ceux qui ont fait et qui font l ’ Histoire réellement », déclare Boudjedra lors d ’ un entretien donné à Hafid Gafaïti (1987, 34-35). Boudjedra veut écrire la guerre pétrie de chair humaine, de sang et de douleur, tout comme, d ’ ailleurs, son personnage Tahar El Ghomri qui, lui aussi, ne cesse de penser l ’ Histoire et de la réécrire en s ’ appuyant sur son propre vécu : « En réalité, il n ’ avait jamais cessé d ’ y penser et ne s ’ était mis à écrire l ’ histoire telle qu ’ il avait vécue que pour essayer de répondre scrupuleusement à cette question. C ’ était ça son journal. Il voulait à travers son propre itinéraire, reconstituer les faits et résoudre les énigmes. » (D, 148). Dès la première phrase du Démantèlement , le jeu sur la mémoire se constitue : « Il ne portait même pas une carte d ’identité ni aucun autre papier […] à l’ exception de cette photographie dont il faisait semblant d ’ oublier » (D, 7). Un peu plus loin, nous nous arrêtons à un détail donné par le narrateur, c ’ est une photo « au milieu de laquelle il trônait une arme à la main, [...] entouré par quelques dizaines de personnes dont il était le seul rescapé [...] » (D, 114). La photographie constitue un des « éléments-clés » de l ’ histoire, une énigme que Selma a voulu dénouer tout au long du récit. Selma est curieuse de connaître tous les hommes qui figurent sur la photo, y compris Tahar El Ghomri, leur rôle dans la Résistance et les circonstances de leur mort :
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=