AGAPES FRANCOPHONES 2023

Songe à Lampedusa de Josué Guébo et La Mère rouge de Cédric Marshall Kissy ou le refus de la déchéance humaine 249 La démocratie brandit comme la panacée pour une société sans repère s ’ avère un leurre. Les dirigeants qui président à la destinée des États africains se construisent une forteresse de méfiance qui les sépare du peuple. Dans cet ordre, les régimes prétendus démocratiques, susceptibles d ’ apporter la prospérité économique, politique et sociale, constituent, désormais, les faucilles qui servent à faucher les vies des forces vives de la nation. Comme l ’ administration coloniale, les dirigeants africains, sous les indépendances, se muent en bourreaux de leur peuple. C ’ est ce que Bottey Zadi Zaourou dénonce avec élégance : « La démocratie du plus fort est toujours la meilleure » Chantait Alpha Blondy Vive Jagger et que vive aussi le bon La Fontaine mais je dis, moi Dinard, « La démocratie du pauvre est toujours une démon-cratie. » (2008, 92) L ’ amélioration des conditions de vie des populations semble la dernière des préoccupations des dirigeants politiques africains. L ’ unique ambition qui leur est chère demeure leur maintien au pouvoir. Fort de cela, ils favorisent le népotisme, le régionalisme, le clanisme, et bien d ’ autres choses qui, au final, dressent les régions les unes contre les autres, les populations aussi les unes contre les autres. Le cas de la Côte d ’ Ivoire en est une parfaite illustration si l ’ on s ’ en tient aux propos de Raphaël Yao Kouassi : Issus de formations discutables ou non achevées […] ceux -ci [nouveaux politiciens] s ’ inscrivent dans le mythe d ’ un destin messianique dont ils associent l ’ accomplissement à la prise du pouvoir d ’ État. L ’ exemple de la Côte d ’ Ivoire est une foison de ce nouveau type de politiciens précoces qui défient toute forme de culture et de tradition à l ’œuvre dans l ’ art de la gestion de la cité et des hommes, pour imposer de nouveaux paradigmes. Avec eux, tous les moyens sont bons. Ce machiavélisme ostentatoire des temps présents associe violence physique et verbale, celle de désacralisation, imposture, parjures et autres mensonges qu ’ ils pensent pouvoir dissimuler ; en prenant à revers le manque d ’ instruction politique, le peu de vigilance et de rigueur d ’ un peuple soumis et défiguré par les nombreuses monarchies constitutionnelles qu ’ il a subies durant ces indénombrables années. (2020, 62-63) Dès lors que les collaborateurs sont nommés aux postes sensibles sur la base de la complaisance ; c ’ est-à-dire du régionalisme, du clanisme, et bien d ’ autres choses, au détriment de la valeur, alors le progrès comme indicateur du développement devient une vue de l ’ esprit. Ces choix inopérants effectués par les pouvoirs politiques en Afrique font le lit des

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