AGAPES FRANCOPHONES 2023
Resignification des insultes et autodésignation dans la communauté LGBTQ+ francophone 277 travers les maximes de politesse gricéennes, le comportement que les interlocuteurs doivent suivre pour être polis, bien que ceux qui parlent ne soient pas obligés d’employer ces maximes. Cependant, la politesse linguistique n ’entraîne pas seulement le comportement social des interlocuteurs, mais elle considère aussi la relation entre eux et le bon fonctionnement de l’échange verbal. À ce propos, Geoffrey N. Leech (1983) définit des notions comme « politesse relative » et « absolue » ou « politesse positive » et « politesse négative ». Ces derniers termes sont employés par Penelope Brown et Stephen C. Levinson (1987) dans leur modèle universel pour garder l’idée que la politesse linguistique préserve les « faces » des interlocuteurs lors des échanges verbaux. Comme le souligne Kerbrat-Orecchioni (2005, 195) : Il se trouve que le « désir de face » est sans cesse contrarié dans la vie de tous les jours car la plupart (voire la totalité) des actes de langage qui sont accomplis dans l’interaction sont susceptibles de venir menacer le territoire et/ ou la face de l’un et/ ou l’autre des interactants. Dans le contexte de l’impolitesse linguistique, comprise comme une violation des attentes sociales ou des normes de politesse et comme un terme générique englobant une variété de phénomènes caractérisés par différents modes et degrés d ’ offense envers la personne ou le groupe cible (Jobert 2010), Carla Bazzanella (2020, 12-13) identifie plusieurs modes violents d’expression verbale caractérisés par différents degrés de « Face Threatening Acts (FTA) » ou actes menaçant la face (Bown, Levinson 1987) : – les « slurs », qui offensent (en communiquant la dérision, le mépris et la haine) une personne comme appartenant à un groupe cible, généralement identifié sur la base de l’ethnie, de l’origine géographique, de l’orientation sexuelle et des croyances religieuses ; – « swearing » ou « bad language », qui comprennent les jurons, les blasphèmes et les insultes proprement dites, un phénomène qui est désormais également répandu dans les situations publiques ; – « hate speech » ou « discours de haine », de plus en plus répandu sur les réseaux sociaux (Lorenzi-Bailly, Moïse 2021), compte tenu de l’anonymat possible, de la tendance à l’agrégation et du renouveau. À cet égard, Corrado Fumagalli (2019) le définit comme un type de communication (pas seulement verbale) qui, en s’adressant à un large public, veut miner le statut d’individus ou de groupes déjà fragiles.
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