AGAPES FRANCOPHONES 2023

Michele BEVILACQUA Université de Salerne, Italie 278 Or, contrairement aux insultes génériques (Tio Babena 2015) telles que « bête », qui n’affectent qu’une seule personne, les « slurs », comme l’indique et les définit Claudia Bianchi (2013), ont la caractéristique discursive d’affecter à la fois un individu et un groupe social (Bianchi 2021) : avec « pédé », par exemple, une personne et, en même temps, tous les hommes homosexuels sont évalués comme étant dignes de mépris. En outre, dans les « slurs », la dimension descriptive du langage est étroitement accompagnée de la dimension performative et évaluative (Bianchi 2021) ; en effet, par exemple, avec les insultes « pute » ou « salope », on ne décrit pas seulement une femme comme une prostituée, mais on la juge en même temps comme méprisable en tant que prostituée. D’une part, les « slurs » expriment le mépris, la dérision et l’hostilité envers certains groupes parce que ces insultes reflètent le sexisme, le racisme et l’homophobie qui caractérisent les personnes qui les utilisent . D’autre part, elles contribuent à générer et à renforcer le mépris, la dérision et l’hostilité ; dans une perspective performative, en effet, les « slurs » sont des moyens symboliques pour normaliser, naturaliser ou rationaliser des croyances, des attitudes et des émotions négatives à l’enc ontre de personnes, de groupes, de comportements et d’affects afin de les stigmatiser et de les déshumaniser, ou de modifier leur position dans la hiérarchie sociale (Bianchi 2015b). 2. L e rôle pragmatique de la situation d’énonciation dans la pratique de l’insulte Le lexique représente la partie la plus variable du langage, puisqu’il évolue et se modifie constamment ; les mots multiplient ou réduisent leurs sens, certains tombent en désuétude, en revanche d’autres sont créés. Dans ce processus si vital, le langage se révèle être véritablement le reflet des changements historiques, sociaux et culturels (Rosier, Ernotte 2000). À cet égard, notre étude vise à examiner le processus de renversement de la connotation de l ’ insulte française « pédé » en fonction de son contexte d ’emploi , afin de montrer que l ’ utilisation d ’ insultes par les membres du groupe discriminé indique clairement à l ’ auditeur que le contexte discursif ne permet aucune interprétation discriminatoire de ces insultes. Bianchi (2015) les appelle « usages réappropriatifs », c ’ est-à- dire l’emploi de « slurs » par les membres du groupe cible eux-

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