AGAPES FRANCOPHONES 2023

Devika VIJAYAN Université de Calgary, Canada 28 Akbar avait alors une quarantaine d ’ années. Il est décrit comme quelqu ’ un de taille moyenne et énergique. Du Jarric présente l ’ empereur mogol Akbar comme « un esprit supérieur, subtil, curieux des choses et des hommes et ouvert à la différence des croyances, des arts et des civilisations ». Comme preuve, nous citons l ’ extrait d ’ une lettre que l ’ empereur envoie au père Rudolf Acquaviva : Venerables Peres de l ’ ordre de S.Paul, Je vous fais sçavoir, comme je vous suis fort affectioné, j ’ envoye Ebadola mon ambassadeur, & Dominique Briz son interprete, pour vous prier de m ’ envoyer deux Peres, qui soyent bien versez aux lettres& qui portent avec eux les principaux livres de la loy, & les Evangiles : parce que j ’ ay un tres grand desir de cognoistre ceste loy,& la perfection d ’ icelle. (volume II 440) Cette lettre montre la volonté de l ’ empereur moghol de connaître davantage la religion chrétienne. Il reçoit les Livres Saints « avec une grande révérence, les prenant dans sa main l ’ un après l ’ autre et les baisant, après quoi il les plaça sur sa tête ». Cet acte, parmi les moghols, signifie honneur et respect et Akbar aurait fait cela devant tous ses courtisans, dont la plupart étaient musulmans. L ’ empereur avait quatre fils qui aspiraient tous à la couronne et Du Jarric brosse d ’ emblée le portrait de ces quatre prétendants à la couronne impériale. Dara, le fils aîné, ne manquait pas de bonnes qualités, car il était doué pour la conversation. Il prêchait la doctrine de la tolérance et avait un profond respect pour toutes les religions. Le prince s ’ était en outre lié d ’ une amitié intime avec le Père jésuite Buzée. Sultan Sujah, le deuxième fils, avait un tempérament semblable à celui de Dara. Daniyal et Murad, les cadets, apprenaient le portugais et aimaient aborder des questions religieuses avec les missionnaires jésuites. Il est intéressant de noter que dans la description des prétendants à la couronne, les mots qui reviennent les plus fréquemment sont « la doctrine de tolérance », « profond respect pour toutes les religions » « lié d ’ une amitié intime avec le père jésuite ». En mettant l ’ emphase sur ces mots, Du Jarric voulait sans doute attirer l ’ attention de ses lecteurs sur la diversité de ce sous- continent indien, une diversité qui a trouvé sa plus grande manifestation (aux yeux du public français,) en son pluralisme religieux. Les voyageurs aux Indes orientales ont souvent souligné à quel point les diverses populations religieuses coexistaient en Inde. La France du XVII e siècle, en revanche,

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