AGAPES FRANCOPHONES 2023
Jean-Pierre GABILAN Université de Savoie Mont-Blanc, France 298 critique. La terminologie employée demeure incohérente sans que nul ne semble vraiment la remettre en caus e 1 . Le mot « temps », à commencer par lui, est source de confusion. De quel « temps » s’agit-il ? Parle-t-on de grammaire ou de chronologie extralinguistiqu e 2 ? Est-ce que les « temps » sont là pour coller à la réalité du monde ? Quant aux étiquettes employées pour nommer ces temps, elles opposent l’inopposable : comment passé composé ou passé simple peuvent-ils s’opposer à passé antérieur ? Pourquoi garder l’étiquette « conditionnel » alors que la seule présence de « si » interdit sa présenc e 3 ? Quant à l’ imparfait , mot qui signifie quand même « inachevé », comment s’insère-t-il dans de telles oppositions ? L’imparfait est, de longue date, présenté comme une marque de l’aspect sécant, comme le rappelle Sophie Fournier (1986), citant la grammaire de Maupas de 160 7 4 : La difference gist en ce que l ’ imparfait s ’ attache à une duree & flux de temps estendu en l ’ acte qui se faisoit lors dont on parle, & n ’ estoit encor parachevé. Le parfait au contraire s ’ arreste à l ’ acte fini & parfait, & ce une fois. Car il concerne la fin, perfection, & final accomplissement de la chose un coup faite, sans esgard à la duree ou course du temps pendant lequel elle se faisoit ; & n ’ estoit pas encore faite . Sophie Fournier commente comme suit : « On sera frappé de la pertinence de la réflexion de Maupas et de la justesse de son métalangage : l ’ imparfait est un temps d ’ aspect sécant, qui donne du procès une vision en partie accomplie, en partie non accomplie […] ». Depuis plusieurs siècles donc, les analyses du fonctionnement de l ’ imparfait restent inchangées. La lecture des grammaires de référence, même les plus récente s 5 , le confirme. Bien que l’imparfait ait fait et fasse l’objet d’une littérature abondante, l’héritage de la tradition est tel qu’on ne semble pouvoir s’en affranchir. Une fois avancée l’explication selon laquelle l’imparfait coderait le non-achèvement des actions de 1 Exception faite de Gustave Guillaume : « La terminologie grammaticale – fixée par un long usage, par la tradition – est peu satisfaisante. Elle correspond à des vues qui sont pour une grande part étrangères au véritable mécanisme de la langue, ignoré de ceux qui ont établi cette terminologie, devenue celle de l ’ enseignement. » (1973, 107-108). 2 La langue anglaise distingue time de tense . 3 On ne peut en effet dire « *Si j ’aurais su… ». 4 Grammaire françoise . 5 Citons par exemple : Grande Grammaire du Français (2022), Grammaire méthodique du français (2021), L e Grevisse de l ’ étudiant : Grammaire graduelle du français (2021).
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