AGAPES FRANCOPHONES 2023
Jean-Pierre GABILAN Université de Savoie Mont-Blanc, France 304 téléspectateurs, la relation prédicative qui fait l’objet d’une datation anticipée est sous le sceau de l’imparfait. « J ’ai mal, là, dans le dos… » : il y a 50 ans, le général de Gaulle s ’ écroul ait . Il y a un demi-siècle jour pour jour, Charles de Gaulle s ’ effondr ait dans sa propriété de Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), terrassé par une rupture d ’ anévrisme. La France lui rend ce lundi hommage. ( Le Parisien , le 9 novembre 2020) Le 6 août 1954 à 8 h 15, une bombe explos ait au-dessus d ’ Hiroshima, tuant 70 000 personnes sur le coup. ( Le Nouvel Observateur , les 13/19 juillet 1995) Dans ce numéro du mois de juillet 1995, soit peu avant la date commémorative de l’explosion de la bombe, le magazine emploie la stratégie habituelle dans ce genre de contexte : c’est d’abord la date qui est mise en avant, puis le rappel de ce que la date signifie. D’aucuns voudront y voir une explosion « en cours de déroulement », mais c’est tout simplement hors de propos. Mais cette analyse a pu séduire des linguistes. On citera ici D. Leeman Bouix (1994) : L’imparfait lui-même indique seulement une saisie en cours de déroulement mais ne contient pas la spécification du moment de cette saisie. A 8 h 15 la bombe explosait Explosait présente la bombe en train d’exploser à 8 h 15 (aspect non accompli). Comment la perception humaine peut-elle « voir » une bombe en train d’exploser ? C ’ est pourquoi, par forfanterie, je résolus d ’ écrire à Cropette, en lui faisant une relation enthousiaste du voyage. Dûment censurée par ma mégère, cette lettre serait pour l ’ un comme pour l ’ autre, l ’ occasion de bien douces-amères réflexions. « La réponse du berger à la bergère ne tarda pas. Quatre jours après je recev ais une de ces splendides cartes postales de La Belle Angerie qui représentent le manoir vu de face dans toute sa longueur. » (Bazin 1976, 156) Pourquoi Hervé Bazin n’a-t-il pas écrit : « Quatre jours plus tard je reçus … » ? La réponse est assez simple : l’énoncé sous le sceau de l’imparfait est produit pour expliciter, justifier ce qui a été dit dans la phrase précédente : « La réponse du berger à la bergèr e 9 ne tarda pas ». On pourrait gloser en disant : « La réponse ne tarda pas car en effet, quatre jours plus tard… ». 9 On sait que cette expression signifie aujourd ’ hui le fait de rendre la pareille à l ’ autre, voire de vouloir avoir le dernier mot.
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