AGAPES FRANCOPHONES 2023
L ’ imparfait : énigme grammaticale ? Esquisse d ’ un invariant 305 Le but de l’énoncé n’est pas de poser des données, mais d’utiliser cet énoncé pour expliciter, justifier ce qui a été dit antérieurement. ( Alors que différents entomologistes font une promenade dans la campagne, un hérisson traverse le chemin. L ’ un deux s ’ empare du hérisson et le place dans un sceau dans lequel il a versé de l ’ éther. Ceux qui assistent à la scène ne comprennent pas. ) Le professeur de Philadelphie attendit trois minutes, sans daigner nous expliquer son étrange conduite, puis découvrit le sceau où gisait le malheureux nez-de-cocho n 10 , dûment pâmé. Alors l ’ Américain tira de sa poche une pince à insectes et se pencha sur sa victime. De petits points noirs parsemaient la porcelaine. - Les puces ! s ’ écria Papa. Il a pensé aux puces du hérisson. Le mystère deven ait limpide : le professeur enrichiss ait sa collection. (Bazin 1976, 127-128) Les deux énoncés à l’imparfait développent ce qui a été prononcé au préalable. Les deux relations prédicatives le mystère-devenir limpide et le professeur-enrichir sa collection explicitent a posteriori ce que le contexte précédent contient. En s’écriant « Les puces ! » le père « lève le mystère », et en disant : « Il a pensé aux puces du hérisson. », on comprend que le professeur enrichit sa collection. Cependant à force de l ’ ennuyer, M. de Méritens finit par obtenir gain de cause. Le 30 mars 1843 il la conduis ait à l ’ autel, dans une petite église d ’ Herblay, et, le lendemain, il part ait avec elle pour Montauban. (Séché 1908, 56) L ’ explicitation de « M. de Méritens finit par obtenir gain de cause » se trouve dans les deux énoncés qui suivent à l ’ imparfait. Les énoncés analysés jusqu ’ à présent illustrent bien le concept de statut repris/ non assertif. Que ce soit pour nouer une relation de connivence avec le co-énonciateur, ou pour des raisons de cohésion textuelle – justifier, expliciter a posteriori des propos tenus. On comprend dès lors l ’ importance des contextes. On ne peut comprendre ce qui oppose par exemple « Il la conduisit à l ’ autel » à « Il la conduisait à l ’ autel » si on ne sait pas dans quel type de narration chacun des deux énoncés a été produit. Les énoncés à l’imparfait dont les verbes sont à sémantisme ponctuel permettent, sans doute mieux que d’autres, de comprendre le rôle joué par l’imparfait, dans la mesure où il est impossible de dire que l’on saisit des événements en cours de 10 Un nez-de-cochon est une variété de hérisson.
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