AGAPES FRANCOPHONES 2023

Jean-Pierre GABILAN Université de Savoie Mont-Blanc, France 312 Jeanne et le baron dînèrent en tête à tête. Ils souri aient en se regardant, se pren aient les mains à travers la table ; et saisis tous deux d’une joie enfantine, ils se mirent à visiter le manoir réparé. […] Un immense vestibule sépar ait en deux la maison et la travers ait de part en part, ouvrant ses escaliers, sembl ait enjamber cette entrée, laissant vide le centre, et joignant au premier ses deux montées à la façon d’un pont. (Maupassant 1992, 15) Le passage cité concerne à la fois des sujets grammaticaux « animés humains » et un sujet grammatical « non animé » : ils souriaient, se prenaient les mains, un vestibule séparait en deux la maison et la traversait de part en part, semblait enjamber cette entrée. Tandis que « passé simple » et « passé composé » font « avancer le récit » 17 ce n’est jamais le cas de l’imparfait qui, par nature, n’est pas là pour cela. Cet extrait de Bel Ami débute par : « Jeanne et le Baron dînèrent en tête à tête ». Si la suite avait été : « Ils se sourirent en se regardant, se prirent les mains à travers la table » cela aurait signifié que sourires et prises de mains auraient eu lieu après le repas. Le recours à l’imparfait signifie, comme nous l’avons déjà signalé, que les deux énoncés à l’imparfait développent ce que « ils dinèrent en tête à tête » contient. Quant à la visite du manoir qui est faite, il faut bien comprendre cela comme un « état des lieux » et le nom « état » est intéressant. Dans tous les énoncés dans lesquels l’imparfait est employé, le sujet grammatical est toujours un sujet non agentif, objet de discours dominé par l’énonciateur, et non un sujet dynamique. 2. Sujet agentif et sujet non-agentif : l’apport de la Grammaire méta-opérationnelle La production des énoncés, qu’ils soient oraux ou écrits, est prisonnière d’une forme de linéarité. Les phonèmes, comme les mots, se suivent, s’enchaînent. Il appartient au grammairien d’aller plus loin que cette linéarité. La linéarité cache une organisation « sous-terraine » 18 d es énoncés que la surface n’exhibe pas. Soient les deux phrases suivantes : 17 Cette affirmation est à moduler pour le passé composé. 18 Citons ici Henri Adamczewski : « Les exemples d ’ emploi de do et de bien nous donnent l ’ occasion de mettre en garde notre lecteur contre une illusion très répandue, due au caractère linéaire des phrases. Dans les phrases les mots se suivent dans un certain ordre, les uns à la suite des autres. Le danger est de s ’ imaginer que cet ordre de surface correspond terme à terme aux étapes de la production réelle de l ’ énoncé : les mots viendraient s ’ aligner dans la chaîne au fur et à mesure de leur actualisation par le sujet parlant. Il n ’ en est rien. » (1982, 6).

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