AGAPES FRANCOPHONES 2023
385 capable de montrer la correspondance entre l ’ individu et le monde, tous deux reliés par l ’ émotion non dite » (114). La cinquième partie du volume s’arrête l onguement sur le roman du XX e siècle, en survolant des voix féminines, Nicole Malinconi et Jacqueline Harpman, et des voix masculines telles qu ’ André Baillon, Georges Simenon et Paul Emond. Nicole Malinconi, dont l ’œuvre gravite autour du thème de la trahison (144) vu, paradoxalement, comme remède au malaise existentiel, écrit sur le tragique quotidien tout en dépouillant son écriture d ’ artifices stylistiques. En mi-bémol major, Jacqueline Harpman réalise un échafaudage identitaire parmi son projet scriptural de l ’ héroïne du roman La Fille démantelée , Edmée, qui (s)écrit « la déconfiture identitaire de la filiation mère-fille, décisive pour le devenir de l ’ individu » (158). Dans son riche univers romanesque avec d’anecdotes disparates construites sur des fantasmes obsédants, Paul Emond fait vivre, dans la banalité et la médiocrité quotidienne des personnages avec une identité floue, marquée par un discours, dans un bavardage où se love en catimini souffrance, les échecs et les angoisses existentielles. André Baillon passe au crible de l’analyse. L’autrice montre comment il a imposé la forme brève dans le roman En sabots dont la construction revient au lecteur et utilise sa force, ainsi que les ressources du fragment lapidaire (d ’ inspiration stoïcienne) qui convient à l’auteurs dans ses écrits fortement autobiographiques. Entre les questionnements identitaires qui miroitent dans les écritures et produisent des « étincelles admiratives, contestataires ou adulatrices », les dilemmes linguistiques qui se traduisent dans la dichotomie être wallon/ flamand et écrire en français « surtout quand il n ’ y a pas de connivence entre la région territoriale où l ’ on habite géographiquement, physiquement et la communauté linguistique, culturelle dont on se réclame spirituellement » (7), la belgitude contemporaine paraît évanescente sinon naufragée. Dans le sixième chapitre du volume, Bruges et Bruxelles deviennent les villes porte-paroles des quêtes identitaires, mythifiées et mystifiées à la fois, à travers la littérature, les images et aux yeux des écrivains étrangers. Thème récurrent dans la littérature, l ’ identification du destin individuel avec l ’ ambiance citadine, qui met son empreinte sur l ’ existence du protagoniste et la métamorphose, se retrouve, entre autres, chez Thomas Mann ( Mort à Venise ) ou chez Gabriele d ’ Annunzio ( Le feu, La Ville morte ) . Cette identification transgresse les limites
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