AGAPES FRANCOPHONES 2023
Adriana SINITEANU Membre du Barreau Timi ș , Roumanie 50 he will be lost. ” 5 » (60). Une condamnation conduirait donc à l’anéantissement de l’individu et celui -ci s’enfoncerait plus encore dans le crime et la misère car « [l]e système pénal n’envisage pas l’après, ce qui entérine la déshumanisation inéluctable de l’homme par le châtiment. Pour Gide, l’homme condamné, et particulièrement le mineur, est inévitablement seul face à lui- même dans l’épreuve de la condamnation » (LJCAGEFM, 639) ; néanmoins, si la société manifestait clémence et cherchait à le réintégrer, il pourrait être sauvé. Dans le même ordre d’idées, des causes des délits, il faut souligner que pour Gide il n’y avait jamais d’acte immotivé, ainsi qu’il voulait comprendre également les motivations d’ordre psychologique de tout acte obscur, incompréhensible à première vue. Lor s de l’affaire d’ un incendiaire maintes fois récidiviste, qui avait mis du feu à plusieurs maisons des membres de sa propre famille, le président de la cour a trouvé une explication concrète et simpliste des incendies, à savoir l’état d’ivresse, et il a essayé de déterminer l’accusé de « reconnaître » ce qu’il voulait entendre : LE PRÉSIDENT : Pourquoi l’avez -vous mis [le feu] ? L’ACCUSÉ : J’avais pas de motifs. LE PRÉSIDENT : Est-ce que vous aviez bu ce soir-là ? L’ACCUSÉ : Non, monsieur le Président. […] Le président veut que Bernard ait été ivre ce soir -là, et insiste pour lui faire avouer. Bernard proteste qu’il était à jeun. Comme le juge ne pouvait pas accepter l’existence d’un acte aussi irrationnel et il avait déjà trouvé un éclaircissement, il voulait donc à tout prix que l’état d’ivresse fût confirmé et que son opinion préétablie s’avérât vraie. Mais l’écrivain ne concevait point le manque de tout motif et a cherché une explication assez bizarre qu’il n’osait toutefois pas porter à la connaissance de la cour, à savoir une relation entre la mise des incendies et la jouissance sexuelle. Or, ni l’expertise médicale ni la déclaration de l’accusé ne suggéraient la possibilité que l’incendiaire eût quelques problèmes de nature sexuelle et pourtant l’écrivain avança cette hypothèse au lecteur sans s’appuyer sur des éléments qui 5 « Maintenant il peut être sauvé. Jetez-le en prison comme un criminel, et je vous affirme qu’il sera perdu. » (John Galsworthy, Justice , Acte II), traduction d’André Gide.
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