AGAPES FRANCOPHONES 2023
Le délit envisagé d’un écrivain – juré : Souvenirs de la cour d’assises 51 auraient pu justifier en quelque sorte son choix. Dans la motivation par l ’ inconscient sexuel on peut voir tantôt l’influence des recherches de Freud, qui à cette époque -là étaient connues d’un cercle très étroit encore des intellectuels français, tantôt la volonté d ’ immerger dans le récit une hypothèse narrative pour parvenir à une explication de l’acte criminel. En effet, si la proportion de l’imaginaire dans le texte n’est pas très grande, elle n’est toutefois pas absente. Plusieurs fois l’écrivain s’abandonne à la création de versions plausibles du déroulement des faits, à la recherche d’explications plus ou moins vraisemblables et à la mise en récit des affaires d’une façon « littéraire ». On se souvient de l’exemple de la jeune femme qui avait commis un infanticide sous l’empire du trouble terriblement fort produit par l’accouchement et par la crainte que son employeuse la renverrait, d’autant plus que le père de son enfant était le fils de la maîtresse. En relatant le déroulement des débats, Gide insère un passage par le biais duquel il attribue une certaine culpabilité à la vielle employeuse, en tant qu’instigatrice au crime. Il suggère que la v ieille aurait insufflé à l’accusée la pensée d’accomplir le meurtre de l’enfant qui venait de naître puisqu’elle faisait les soirs la lecture de la rubrique « fait divers » des journaux et manifestait une préférence pour les infanticides. Toutefois, aucune preuve présentée pendant le jugement, reproduite dans le texte des Souvenirs , ne prouvait la vérité d’une telle allégation. D’ailleurs, c’est ce type d’affaires que Gide voulait explorer : les tréfonds de l’âme humain, qui « échappent aux règles de la psychologie traditionnelle, et déconcertent la justice humaine qui, lorsqu’elle cherche à appliquer ici sa logique [ … ], risque de se laisser entraîner aux pires erreurs » (Gide 1957b, 97). Il insiste sur des affaires qui donnent des sujets à réflexion sur ceux qui comparaissent, avec leurs misères et angoisses, devant la justice, en étant lui aussi, comme d’autres écrivains françai s, convaincu que l’acte criminel ou meurtrier est décisivement déterminé par des facteurs culturels et sociaux et que les raisons en doivent être cherchées plutôt dans le milieu dont fait partie l’accusé qu’expliqués toujours par rapport à un mobile apparent et un profit éventuel. On y voit le même intérêt que celui d’Émile Zola pour le fait divers comme révélateur de la partie ténébreuse de la nature humaine et les mêmes préoccupations d’exploration psychologique dans les cas des
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