AGAPES FRANCOPHONES 2023

Adriana SINITEANU Membre du Barreau Timi ș , Roumanie 52 crimes dépourvus de toute explication rationnelle ou logique, qui ne sont pas l’effet d’une cause immédiate et concrète, mais le résultat d’une multitude de causes apparemment sans aucun lien décelable. C’est pourquoi on a affirmé que : Souvenirs de la cour d’assises dénonce, au-delà de l’appareil judiciaire, l’ordre bourgeois qui le fonde, incapable de „penser” les motivations des criminels autrement que par schémas réducteurs. Tentant de les faire rentrer dans les moules d’une psychologie convenue, indifférent aux difficultés des pl us humbles, il se fourvoie tout en perpétuant l’injustice sociale. Le texte marque une étape essentielle dans la prise de conscience politique de l’écrivain . (Huy 2017, 183-184) Les Souvenirs obéissent donc à l’une des finalités principales que Gide s’était proposée ; c’est -à-dire faire une exploration sociologique et psychologique à la fois dans l’âme et l’esprit des accusés pour comprendre les véritables raisons qui les ont poussés à commettre tel ou tel crime. 2. Le palier des conséquences du délit Un autre aspect qui fait l’objet de notre analyse est la problématique des conséquences du délit, thème qui donne à l’auteur l’occasion non seulement de s’interroger sur la justesse du procès, mais de faire aussi une critique de la société même et de mettr e en question l’efficacité du système punitif, en attirant l’attention sur les abus et les préjugés contre ceux qui comparaissent devant la cour d’assises : […] aigrefins à n’en pas douter et malandrins en espérance […] Néanmoins, pour les deux vols desquels ils avaient à répondre, on n’était point parvenu à prouver leur culpabilité mieux que par quelques rapprochements […] rien d’absolument décisif n’emportait la conviction des jurés. Coupables à n’en pas douter, mais peut-être pas précisément de ces crimes. (21) Les remarques ironiques sont toutefois empreintes d’amertumes car Gide réalise qu’elles offrent une perspective très sombre sur la manière dont la « justice » est quelquefois rendue et sur l’absurdité de vrais motifs qui jouent dans une condamnation, voire une privation de liberté d’un individu qui pourrait être innocent. Lors de plusieurs affaires, il s’est aperçu qu’en cas de doute la balance s’inclinait souvent pour la responsabilité pénale du prévenu sous le poids des antécédents, même « extrajudiciaires », et qu’il était bien difficile pour la cour ou pour les jurés de conserver une certaine impartialité, car ils avaient souvent une

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=