AGAPES FRANCOPHONES 2023

Adriana SINITEANU Membre du Barreau Timi ș , Roumanie 56 (87-88). Un individu déjà condamné risque non seulement de ne plus bénéficier de la présomption d’innocence, mais encore de se voir refusé le droit à l’individualisation de la peine selon le degré réel de responsabilité. Par la suite des préjugés, dans l’affaire Yves Cordier qui occupe une place privilégiée dans la narration, l’inculpé a été condamné à cinq ans de réclusion pour un crime qu’il n’avait pas commis. Voilà pourquoi, dès le début des Souvenirs , l’écrivain prévient le lecteur que « [l]a justice humaine est chose douteuse et précaire » (11). D’une part, on ne peut toujours s’y fier puisqu’elle n’exprime forcément la vérité ; d’autre part, la justice ne jouit pas réellement de stabilité vu que, selon Gide, elle peut et doit être remise en cause, malgré le principe de l ’ autorité de la chose jugée, à savoir une force exceptionnelle conférée par la loi aux décisions juridictionnelles, qui une fois prononcées bénéficient de la règle de l ’ immutabilité interdisant de remettre en cause les arrêts définitifs. Enfin, une autre conséquence du crime et surtout de la condamnation mise en évidence par l’écrivain est la difficulté de l’individu de se réintégrer dans la société, d’avoir un entourage honnête qui lui pourrait servir d’exemple et de se trouver une place : « ces gens-là [les criminels], quand ils reviennent de là- bas, ils ne peuvent plus trouver à se placer [ … ] personne n’en veut. On a raison ; ces gens-là, au bout de quelque temps, recommencent » (110). Ce sont toujours les opinions préconçues fondées sur d’antécédents qui poussent un condamné en marge de la société et, probablement, à la récidive comme le laisse entendre la voix de l’auteur -personnage lors de la conversation reproduite dans l’ Épilogue : « Si vous l’aviez condamné, il y a de grandes chances pour que vous l’ayez amené à récidiver » (114). Certains éléments, tels que la pauvreté extrême, le sentiment d’être un exclu social, le fardeau d’une condamnation antérieure, s’enchainent dans un cercle vicieux, ainsi que les causes et les conséquences du délit se confondent quelquefois. Conclusions Dans les Souvenirs de la cour d’assises on voit une manifestation de l’esprit foncièrement critique d’André Gide, pour qui l’obstination de persévérer dans des opinions peu raisonnables, tout comme l’incapacité de regarder les choses d’une manière rationnelle et de faire preuve de discernement,

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