AGAPES FRANCOPHONES 2023

Olga KULAGINA Université P édagogique d’État de Moscou, Russie 62 notamment ceux d ’ antimilitarisme et d ’ anticléricalisme bien prononcés. En effet, toute institution officielle (que ce soit l ’ armée, l ’ Église ou l ’ État) seraient responsables, pour Prévert, de la misère humaine (Lardoux 2011, § 18) et donc sources de la violence. Par conséquent, il serait juste de noter que la violence institutionnelle est un sujet récurrent de l ’œ uvre prévertienne, pourtant des cas inverses y figurent également, à savoir ceux de violence de l ’ homme contre les institutions, notamment contre l ’ État. Ce thème se révèle d ’ autant plus pertinent pour une meilleure étude des textes de Prévert que sa poésie, dans son ensemble et par son langage, « vise à créer un effet de choc, à faire sortir le lecteur de ses gonds » (Weisz 1970, 34) ce qui, avec sa parfaite « maîtrise écrite de la forme orale » (Cariguel 2017, 117) rendent ses écrits particulièrement percutants. Dans notre étude, nous nous pencherons sur la valeur littéraire et les connotations culturelles de la métaphore de couleur chez Prévert, cette dernière adoptant fréquemment des connotations particulières dans ses écrits (Kulagina 2023, 231) et s ’ avérant un procédé pertinent de la représentation de la violence dans les textes prévertiens. Nous nous intéresserons également aux particularités linguistiques de son emploi, en nous arrêtant sur les couleurs les plus récurrentes dans la représentation de la violence dans l ’œ uvre de Prévert. C ’ est l ’ analyse stylistique et culturelle qui nous servira de méthode essentielle de notre recherche. Les textes que nous avons sélectionnés, sont tirés de cinq recueils : « Choses et autres » (1972), « Histoires et d ’ autres histoires » (1946), « La pluie et le beau temps » (1955), « Paroles » (1946) et « Soleil de nuit » (1980). Pour mieux organiser notre étude, nous dégagerons trois axes thématiques majeurs sur lesquels nous nous pencherons respectivement, à savoir la violence de l ’ État contre l ’ homme, la violence de l ’ homme contre l ’ État et la complaisance pour la violence. 1. Violence de l ’ État contre l ’ homme Cet axe thématique se révèle le plus riche et se représente surtout par l ’ image des guerres et de l ’ oppression dont l ’ État, pour Prévert, serait l ’ origine. C ’ est le rouge , qui est la couleur la plus récurrente de la représentation de la guerre, comme dans l ’ essai éponyme :

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