AGAPES FRANCOPHONES 2023

Les couleurs de la violence et leur valeur littéraire chez Jacques Prévert 65 l ’ ancien quartier juif de Paris (rue des Rosiers), par deux prénoms juifs (Sarah et Rachel) et par deux noms de métiers qui étaient parmi les plus exercés par les juifs de France avant la Seconde Guerre mondiale. Cette accumulation, qui abonde en allusions, aurait pour fonction d ’ attirer l ’ attention du lecteur sur les atrocités faites par les nazis et leurs collaborateurs sur les juifs, au point de ne plus les lui laisser oublier le temps de la lecture. Le jaune et l ’ or sont également les couleurs de l ’ oppression, notamment dans « Smig-Smag » : Vous tous vous pourriez rire eux faire seulement semblant Leur rire est jaune d ’ or taché de sang vivant (Prévert 2012, 177) Le poème lui-même représente une antithèse des simples travailleurs et des puissants de ce monde, ces derniers étant décrits par le biais d ’ une transformation de la locution « rire jaune » où celle-ci se voit développée par l ’ épithète « d ’ or ». Cette épithète pourrait être associée à l ’ enrichissement des patrons et de l ’ État aux dépens de ceux qui gagnent honnêtement leur vie. La métaphore « taché de sang vivant » sous-entend la combinaison du jaune et du rouge qui évoque l ’ avidité insatiable des supérieurs qui n ’ hésiteraient pas à prendre toute l ’ énergie et toutes les forces de ceux qui travaillent pour eux, à la seule fin de s ’ enrichir davantage. Finalement, la violence de l ’ État contre l ’ homme, chez Prévert, peut adopter des couleurs encore moins habituelles, telles que le blanc . En général, les connotations culturelles du blanc adoptées en Occident, ne semblent pas avoir beaucoup changé au fil du temps : il s ’ associe depuis des siècles à la propreté, à la pureté, à l ’ innocence, à la paix, à la lumière divine. Pourtant, le langage en garde aussi une autre association, notamment au manque et à l ’ absence, ce qui se voit dans les expressions comme « une page blanche », « une voix blanche », « une nuit blanche » etc. (Pastoureau, Simonnet 2005, 49-57). C ’ est surtout cette dernière connotation qu ’ adopte le blanc prévertien, comme dans « Lanterne magique de Picasso » : « Et toute la douleur de cette ville rasée et saignée à blanc... » (Prévert 2011, 261). Dans cet exemple qui nous renvoie au bombardement de Guernica en 1937, au cours de la guerre

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