AGAPES FRANCOPHONES 2023
Siriki OUATTARA Université Félix Houphouët- Boigny, Côte d’Ivoire 78 (avec le symbole comme horreur) ; et cependant est immédiatement repérable » (Barthes 1970, 31). La pertinence de l ’ affirmation de Barthes se saisit dans le déploiement des moyens que les résidents de l ’ Évêché mettent en place pour assouvir leur passion. Cette faute (Bremond 1981, 78-79) qui éclabousse la pureté de l ’ Évêché prend naissance dans l ’ esprit même du premier responsable de ce sanctuaire avec l ’ institutionnalisation du « pense-fesses » détruisant toutes les valeurs de ce site qui symbolise la demeure du Seigneur en le rendant ainsi vulgaire. L ’ invitation qu ’ il lance aux filles de joie en l ’ occurrence Berengère, Hélène, Thérèse, Estelle est bien le signe qu ’ il recherche une société de type postmoderne dans laquelle « l ’ orgiasme [est considéré comme] une forme contemporaine de la sexualité où les déviations et la recherche du groupe participe d ’ un nouveau ‘ être ensemble social ’ » (Coulibaly 2017, 39). Ainsi, à côté de la communauté catholique d ’ Exeter, il met en place une autre, parallèle, souterraine, à partir de critères de l ’ hédonisme cher à Aristippe de Cyrène. On comprend aisément le sens de cette phrase de l ’ Évêque : « Fé ce qe plé ! N ’ est-ce l ’ emblème de Thélème ? » (LR 94). Son propos encourage clairement ses prêtres à la licence, à la débauche sexuelle. Dans le roman, cet état est symbolisé par le dé-vêtissement des soutanes par tout le clergé pour descendre au niveau des personnages profanes ayant souillé le sanctuaire par leur simple présence. De toute évidence, Perec se sert du mouvement du déshabillage des prêtres pour dévoiler surtout l ’ être profondément pervers des supérieurs des ouailles d ’ Exeter qui, assurément, sont morts à eux-mêmes, à leurs « anciennes manières d ’ être, de vivre, de faire, de penser, pour ressusciter à une vie » (N ’ da 1998, 151) de complaisance, de dépravation. L ’œuvre refuse d’ emprunter les chemins du paraître pour mettre au jour, dans les profondeurs de l ’ Évêché à travers les pratiques profanes du dévergondage sexuel, de la violence et du vol, l ’ être même des habitants de ce lieu saint qui finalement sont parfaitement identiques aux plus malhonnêtes (Clément, Ernest et ses sept éphèbes, des criminels de grand chemin) et plus pervers (Hélène, Thérèse, Berengère et autres Estelle) des personnages de l ’œuvre. L ’ Évêché d ’ Exeter, à partir de la circularité de son organisation, fonctionne tel un dispositif prétexte dont Perec se
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