AGAPES FRANCOPHONES 2023
Les Revenentes de Georges Perec, une poétique de la profanation 83 sont composées de voleurs expérimentés qui connaissent bien la valeur des gemmes convoités. C ’ est justement ce qui les motive à venir les voler dans ce lieu culturellement sacré. Certes, la question du vol dans les Églises n ’ est pas nouvelle. L ’ originalité de son traitement dans l ’œuvre étudiée réside, dans un premier temps, dans le déplacement de l ’ objet du vol dans l ’ Évêché. On le voit, le forfait ne concerne donc pas une propriété de l ’ institution épiscopale, mais bien les bijoux de Berengère, objets étrangers qui peuvent porter aussi atteinte à la sacralité de l ’ Église vu que sa propriétaire exerce une profession condamnée par le catholicisme. Dans un deuxième temps, les techniques de dérobade, par la ruse – en feignant prendre une part active au « pense-fesses » – , profanent doublement le lieu de culte : la partouze et l ’ action illégale consistant à prendre les biens qui appartiennent à l ’ hôte de l ’ évêque. Si la sanction prévue dans le cadre de cette seconde infraction dans la Bible est la compensation au double, au quadruple voire au quintuple, dans le roman analysé, les voleurs ne sont nullement inquiétés puisqu ’ ils sont repartis avec leur butin et l ’œuvre s’ est refermée sur leur « victoire » comme en témoigne le présent extrait : C ’ est règlé, c ’ est feenee, c ’ est termeené ! Et, légèrement crevés, mets éméchés et enchentés, Hélène, Thérèse, Estelle et mezeeg, tels les Mesqetères, de se prendre les gemmes, et de les mettre de l ’ Evêché, et d ’ émerger dens les ténèbres d ’ Exeter, et de reprendre, pépères, le jet vers cette chère Frence. THE END. (LR 138) Le ton ironique caractérisant cette déclaration de mezeeg met l ’ accent sur le ridicule qui entoure l ’ Évêché et tout son contenu. Le vol y ayant eu lieu a servi de moyen à l ’ auteur de tourner en dérision les mesures de protection prises pour préserver l ’ intégrité de la propriété et de dévoiler le simulacre qui couvre, la stupidité, l ’ incapacité de l ’ évêque et de son seigneur à protéger les personnes et les biens qui sont sous leur protection. Le blasphème que l ’ on peut percevoir à travers une telle écriture a certainement sa source dans le « vol » des vies des Juifs par les nazis ; il est aussi la manifestation de la douleur éprouvée par Perec chez qui l ’ on constate couramment « un passage du corporel au mental par le corps textuel » (Kouakou 2015, 5). Le corps humain déployé dans la sexualisation dans ce récit a aussi constitué un élément pertinent de profanation dans Les Revenentes .
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