AGAPES FRANCOPHONES 2023
Siriki OUATTARA Université Félix Houphouët- Boigny, Côte d’Ivoire 84 2.2. Le « pense-fesses », un concept profanateur Nathalie Carré a raison de soutenir que « la littérature, on le sait, n ’ a pas à être morale, elle est en droit de tout explorer » (2003, 25). La position fait comprendre la préférence du choix de la transgression par Perec comme style pour aborder la question de la profanation. Dans l ’ Église romaine notamment le catholicisme, les prêtres sont astreints au célibat pour imiter, semble-t-il, la vie sexuelle de Jésus Christ. Si un thème aussi délicat que difficile est abordé par Perec dans une perspective renversée proche de celle de Dan Brow n 3 , c ’ est parce que bien souvent le sacré a tendance à s ’ effacer devant l ’ agression du profane surtout dans un domaine comme celui de la sexualité vide, creus e 4 . Dans le roman, l ’ évêque Serge Merelbeke conceptualise le « pense-fesses », une forme de partouze épousant les étapes d ’ un carnaval avec une ouverture ainsi énoncé par son Roi-évêque : Mes très chers frères, mes belles pécheresses ! Qe je me délecte de cette scène et qe j ’ en pressens l ’ excellence de cette fête ! qe l ’ encens se repende, qe le Jerez et Geen se déversent ! Qe les verges se dressent et qe bèent les fentes ! Bref, qe cette fête s ’ entreprenne et qe le Père Éternel s ’ enchente de ces enchevêtrements pervers. (LR 96-97) On le constate, les moments du « pense-fesses » congédient le sacré pour que « la profanité des faits », selon l ’ expression de Nathalie Schon (2003, 19), et de la sexualité puisse s ’ exécuter pleinement tout en demeurant stérile. La convocation de cette dernière pratique dans l ’œuvre va contre le sérieux de l’ Église catholique à travers ses ministres notamment ici l ’ évêque prononçant un discours inaugural très osé dont la dimension blasphématoire se lit dans l ’ autorisation qu ’ il donne aux 3 Dan Brown aborde la question de la sexualité du Christ dans son œuvre intitulée Da Vinci Code (2014). 4 Adama Coulibaly (2017, 402-403) parle dans ce cas d ’ une « mise en place d ’ un corps séminal produisant a contrario une sorte de nihilisme, de sexe vide, improductif. En effet, la richesse, la fertilité, la fécondité, la procréation rattachée au sexe disparaît. Dans [ Les Revenentes ], l ’ abondance des images populaires du bas corps ne produit pas, n ’enfante pas. […] Le détournement du sexe d’ une de ses fonctions fondamentales (la procréation, la reproduction) vers la perversion est le signe […] du vide, du creux des hommes l ’ utilisant. ». Perec emploie dans ce roman la technique pour attaquer et porter encore atteinte à un précepte cher à l ’ Eglise : celui de la sexualité utile où la semence ne doit point être gaspillée dans une quelconque recherche de plaisir à l ’ image de mezeeg « éventrant » sa sœur Estelle de son sperme tel le zembèse qui déferle ; sa seule fonction étant la procréation.
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