AGAPES FRANCOPHONES 2023

Les Revenentes de Georges Perec, une poétique de la profanation 85 participants de la partouze de consommer l ’ interdit catholique : la sexualité obscène, débridée, illicite et la consommation démesurée de l ’ alcool. Et cela sous l ’œil certes bienveillant, mais avec aussi une sorte de condescendance du « Père Éternel » que le discours donne à voir tel le principal voyeur du « pense-fesses ». Pris sous cet angle, Maxime Decout a raison de soutenir que Les Revenentes est un texte volontiers voyeuriste, et ce, dès l ’ exhibition inattendue de cette règle initiale, qui accorde d ’ ailleurs une place essentielle à la lettre « Q », lettre-mot qui désignera ensuite régulièrement le sexe. Disparition du tabou et affranchissement de la norme : ce double exhibitionnisme nourrit [le] roman. (2017, 261) Les propos du prélat fonctionnent comme si face au « resserrement des règles de convenance [édictées par l ’ Église, ce récit perecquien reste un] contre-effet, une valorisation et une intensification de la parole indécente » (Foucault 1976, 26) pouvant bien symboliser l ’ inconvenance du génocide des Juifs. À l ’ évidence, le « pense-fesses » emprunte bien de codes propres aux romans pornographique et érotiqu e 5 p our atteindre son objectif de profanation de l ’ espace de l ’ Évêché. Le texte regroupe, pour les besoins de la partouze et évidemment de la transgression dans cette enceinte, diverses formes de sexualités allant de l ’ onanisme, de la fellation et du cunnilingus (101), de l ’ homosexualité avec Lew-Les-Belles-Fesses, Bebel le Béléfré (LR 98) et Ernest qui « n ’ hème qe les mecs » (LR 99), du sadomasochisme (LR 102-105 ; 108-109), de la zoophilie (LR 96) à l ’ inceste (LR 121-123). La réunion de toutes ses pratiques sexuelles, en transformant Les Revenentes en une sorte de laboratoire où sont expérimentées nombre de technique s 6 5 La distinction typologique que nous entendons ici est bien celle que Boniface Mongo- Mboussa (2003) fait dans son article intitulé « Deux approches de la sexualité dans le roman congolais : Henri Lopes et Sony Labou Tansi » où il avance : « "La pornographie c ’ est la mauvaise utilisation des instincts alors qu ’ avec l ’ érotisme on dépasse l ’ instinct". En recourant à une métaphore culinaire, elle situe la pornographie au niveau de la gourmandise et l ’ érotisme à celui de la finesse du goût (la pornographie renvoie au gourmand et l ’ érotisme au gourmet) », (67) et Adama Coulibaly (2017) de clarifier que « la représentation du sexe devient pornographique lorsqu ’ elle entre dans une logique de simple monstration, d ’ excitation à la consommation, une logique d ’ essence commerciale alors que l ’ érotisme est une sorte de suggestion, d ’ esthétisation du sexe » (399). 6 Par exemple, dans le corpus, le mercantilisme du sexe dans l ’ évêché est effectif mais sous une forme subtile qui se perçoit dans l ’ acquisition des gemmes de Bérengère par Hélène et ses comparses. Il faut finalement admettre que ces bijoux constituent, dans une certaine mesure, le salaire de la participation des voleurs et voleuses à la fête du

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