AGAPES FRANCOPHONES 2023

Joanna KOTOWSKA-MIZINIAK Université de Wroclaw, Pologne 92 littérature en 1985, dont La Route des Flandre s 1 (1960) est considéré comme une œuvre -phare duNouveau Roman. Les deux écrivains mobilisés au front, respectivement, en décembre 1914 (au 231 e régiment d ’ infanterie) et en août 1939 (au 31 régiment de dragons), construiront, à partir des expériences vécues en cette période éprouvante du service militaire, un riche canevas romanesque où les descriptions macabres côtoient les anecdotes humoristiques et où l ’ histoire individuelle – quoiqu ’ elle soit réelle ou (auto)fictionnelle – croise l ’ Histoire collective. Du point de vue formel, beaucoup semble séparer les deux ouvrages : à commencer par le cadre générique, en passant par la structure temporelle, jusqu ’ au schéma narratif. Le Feu est un roman autobiographique qui, grâce à la narration simultanée au vécu, dépeint la vie des « poilus » dans les tranchées durant la Grande Guerre, tandis que La Route des Flandres représente un Nouveau Roman autofictionnel, retraçant de manière rétrospective les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale. Mais toutes ces différences passent au deuxième plan à la lumière d ’ un trait commun majeur qui unit les deux romans : il s ’ agit de l ’ impératif de raconter ses expériences martiales, les situations subies et les paroles échangées. Quant à ce dernier élément, le langage des soldats joue un rôle particulier dans des récits de guerre, étant donné qu ’ en plus d ’ une valeur informative, il véhicule un grand poids émotionnel et assure plusieurs fonctions, entre autres, cathartique (libératrice), inclusive (intégrante) ou exclusive (aliénante). Bien évidemment, cet intérêt de Barbusse et de Simon pour l ’ argot soldatesque s ’ inscrit dans une tendance plus large : il existe toute une littérature de témoignage, les récits de guerre plus ou moins fictifs et même les « romans non- fictionnels » 2 , où les auteurs tiennent à rendre les moindres interjections des combattants afin de ne pas s ’ éloigner d ’ une de ces « réalités », forcément plurielles et subjectives, que Marcel Cohen substitue à la notion d ’ une vérité historique (2015, 64). Dans le présent article, nous aborderons la question de la représentation de la guerre dans Le Feu et La Route des Flandres de deux perspectives complémentaires : d ’ abord, par le 1 Dorénavant désigné à l ’ aide du sigle FEU pour l ’œuvre de Barbusse et FLA pour celle de Simon, suivi du numéro de la page. 2 Dans les années soixante du XX e siècle, Truman Capote élabore sa théorie du « roman non-fictionnel », qui est un genre dans lequel on emprunte les techniques de la fiction littéraire classique pour rapporter des faits réels. Cf. (Lodge 1992, 314).

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