AGAPES FRANCOPHONES 2023

La littérature en flagrant délit : l’argot grossier des soldats comme une transgression linguistique 93 biais du réalisme, compris en tant qu ’ un rapport entre les mots et les objets ou les idées qu ’ ils désignent ; ensuite, par le biais plus linguistique, en analysant de manière comparatiste le parler des soldats des deux Guerres mondiales, dans son aspect grossier – parfois sérieux et parfois dérisoire. Les jurons et les injures que les combattants profèrent abondamment complètent, par leur caractère irréductible, l ’ image brutale des conflits armés. Comment parler de la guerre si ce n ’ est que par un langage qui lui est semblable, c ’ est-à-dire rude et violent ? Avec Barbusse et Simon, on se trouve bien loin de la subtilité poétique du « Dormeur du val » rimbaldien… 1. (D)écrire la guerre : au-delà du réalisme Dans son article pour la revue Guerres Mondiales et Conflits Contemporains , Eberhard Demm présente Barbusse ainsi : « le célèbre pacifiste qui dans son roman Le Feu défie la censure » et « ose décrire sans équivoque les horreurs de la guerre » (2000, 43). Surnommé non sans justesse « Zola des tranchées », l ’ écrivain ne tait rien et se lance dans les descriptions réalistes, sinon naturalistes, des atrocités du conflit armé 1914-18 dont il était un témoin oculaire. Rien n ’ échappe à son regard perspicace et accusateur : ni les conditions sanitaires pitoyables dans les tranchées, ni les souffrances physiques et mentales des camarades causées par le froid glaçant, la malnutrition, les traumatismes ou les blessures subies au champ de bataille. Si le rapport au réel dans un roman réaliste, tel que Le Feu , est mimétique, il n ’ en va pas de même pour un Nouveau Roman. La façon dont Simon perçoit la relation entre les mots et les choses trouve sa réflexion dans ses œuvres qui constituent un « témoignage autofictionnel » bien particulier. Même si l ’ écrivain Prix Nobel déclare qu ’ à partir de la publication de L ’ Herbe en 1958, tous ses romans suivants sont « à base de vécu » (« Et à quoi bon inventer ? » 24) et souligne à plusieurs reprises le caractère non-fictif de sa prose dans des interviews accordées entre 1960 et 1999 (Belarbi 2022, 126), il remet néanmoins en question la capacité de la littérature de rendre ce « vécu » de manière exacte. Dans un entretien pour le Quotidien de Paris réalisé par Nicole Casanova en 1975, Simon affirme que « [l] ’ écriture est toujours en rapport avec le réel, mais elle ne le reproduit pas. Elle en est incapable. Elle ne le redouble pas non

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