AGAPES FRANCOPHONES 2024
Révolte et résilience dans Coups de pilon de David Diop _____________________________________________________________ 99 Alors gravement une voix me répondit Fils impétueux cet arbre robuste et jeune Cet arbre là-bas Splendidement seul au milieu des fleurs blanches et fanées C’est l’Afrique ton Afrique qui repousse Qui repousse patiemment obstinément Et dont les fruits ont peu à peu L’amère saveur de la liberté. (Diop 1973, 23) Ce texte fait office de la narration au style direct d’un dialogue poétique entre le poète et un interlocuteur imaginaire. En effet, le poète, seul narrateur réel de ce texte, invente un interlocuteur apparent. Nous sommes, là, dans le cadre d’une prosopopée qui confère des facultés phonatoires à l’Afrique, entité qui ne vaut que par sa considération géographique. Par-delà la portée patriotique d’un tel choix de procédé linguistique, la visée du poète est de mieux faire passer son message prophétique. Celui-ci porte sur la renaissance de l’Afrique. Diop poétise une Afrique totalement anéantie mais qui, dans les profondeurs abyssales de sa tragédie, est capable de renaitre de ses cendres. Cet espoir est marqué par la voix qui répond au poète fragilisé par la désolation que traverse sa terre natale : « Alors gravement une voix me répondit » . Ce vers fait de Diop le poète de l’espoir et de l’espérance. Pour lui, tout est encore possible. Il est toujours possible de revivre la gloire passée, de reprendre force, possible de voir fleurir l’amour brisé et voir les blessures de nos cœurs sécher. Il est même possible de retrouver la joie émoussée, d’oublier l’humiliation, les souffrances, les droits lésés et jouir des merveilles longtemps rêvées. Diop forge en chaque lecteur africain l’espoir de tout refaire et de voir venir des beaux jours pleins de gloire qui permettront de posséder au-delà de ce qui est perdu. L’espérance inspirée par le poète porte également sur la possibilité de relever le défi, d’aller jusqu’au bout et d’écrire une nouvelle page de notre histoire. En somme, c’est le discours de l’espoir en une renaissance de l’Afrique. Cette Afrique renaissante est dans le poème de Diop métaphorisée par un arbre : « cet arbre robuste et jeune/ Cet arbre là-bas / C’est l’Afrique » . Cette métaphore nominale in praesentia permet au poète de présenter une Afrique encore vivante, encore solide, encore féconde, en phase de germination. De cette lente et pénible germination perçue dans le ver « Qui repousse patiemment obstinément », l’Afrique parvient à féconder des jours radieux, ici métaphorisés par des « fruit s » ayant « l’amère saveur de la liberté ». Cet oxymore traduit la rude bataille qui est à l’origine du renouveau africain. Il y a également cette métaphore de la dialectique entre l’Afrique, lexicalisée par « cet arbre robuste et jeune », et l’Occident, matérialisé par « des fleurs blanches fanées ». Avec le tercet « cet arbre robuste et jeune/ Cet arbre là-bas/ Splendidement seul au milieu des fleurs blanches et fanées », Diop prophétise l’inversion des états et des rôles car, pour lui, l’Afrique est en phase de maturation et d’efflorescence tandis que les autres continents 99
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=