AGAPES FRANCOPHONES 2024

Dago Michel GNESSOTE _____________________________________________________________ 108 montre que certains artistes se servent de cet art oratoire qu’est le proverbe pour donner une plus-value à leurs œuvres. Cette nouvelle forme d’esthétisation qui inclut le rapport concomitant du proverbe et du chant donne lieu à un message authentique inspiré des réalités locales. Ainsi, le proverbe porte le statut d’un hypertexte du chant et vice versa. En effet, la tendance à imbriquer proverbe et chant dans la composition musicale reste une activité à la fois complexe et contraignante chez l’artiste dans la mesure où elle exige de lui de faire preuve de créativité en se conformant à l’esprit du chant certes, mais également aux réalités de la société dont il est tributaire. Cette contribution entend donc montrer comment le proverbe est le corrélat du chant. Ainsi, quel est l’impact de l’immixtion du proverbe dans le chant ? Comment cette esthétique est-elle vectrice de sens ? Ce sont deux questions dont les réponses amènent à mieux appréhender la thématique de la transgénéricité. Deux méthodes nous aident à décrypter cette hypothèse. Il s’agit d’une étude de cas qui va se solder par une enquête de terrain dont l’intérêt réside dans l’interrogation des artistes pour d’éventuelles informations susceptibles d’élucider la problématique sus-indiquée. La seconde méthode qui semble utile à l’analyse des données recueillies est la sociocritique. Elle permettra d’établir un rapport entre les proverbes et les chants récoltés et la société dida. Pour une analyse plus adaptée, l’étude s’articule autour d’un plan ternaire. « À la découverte du mode opératoire du proverbe et du chant » constitue le premier volet. Quant au second, il s’intitule « De la coprésence du proverbe et du chant ». « Proverbe et chant, un hybridisme formel » est, enfin, le dernier axe à explorer. I. À la découverte du mode opératoire du proverbe et du chant chez le Dida Le proverbe, en pays dida, est désigné par le vocable /n ū né/ qui est un constituant nominal formé du radical / nu / qui signifie « entendre » et d’un suffixe / né / qui désigne la bouche. Quant au chant, il est désigné par le vocable monosyllabique / l ɷ̄ / . Par le truchement de ces deux genres oraux de la littérature orale, le Dida parvient à communiquer sa pensée à autrui, différente de la parole ordinaire, car n’importe quelle parole n’est pas proverbe (Bonnet 1982, 24). La parole proverbiale sert à illustrer une parole ordinaire. Elle n’est donc pas autonome dans le discours, car elle intervient pour appuyer ou éclairer une idée exprimée dans un contexte donné. Bentolila considère que la parole proverbiale est « une parole qui vient de loin, avec l’autorité du grand âge, une parole qui est le bien commun de toute une société, en effet, il est comme l’aboutissement d’une création artistique de la langue : il s’agit d’une mise en mots particulièrement réussie, de la meilleure saisie possible du réel » (1993, 7-8). Pour Matthieu Mermoud (2003), « la parole est créatrice de la communauté humaine : elle en constitue les fondations premières. Qu’elle soit écrite ou orale, il y a toujours dans l’énonciation 108

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