AGAPES FRANCOPHONES 2024
Esthétique de la transgénéricité du proverbe et du chant chez les Dida de Côte d’Ivoire _____________________________________________________________ 109 une puissance fondatrice ». À l’instar de la parole, le proverbe se donne à voir comme une image métaphorique inspirée de la société. C’est pour cette raison que proverbe et chant, comme dans un seul moule, viennent expliquer des situations ou des réalités qui prennent en compte la vie politique et économique dida. Tout ce fonctionnement qu’ils déploient leur dicte une démarche qui enregistre non seulement les circonstances d’emploi, mais également les instances en présence. I.1. Le lieu de l’émission Chez le Dida, il n’y a pas d’espace ou de lieu fixe qui exige l’émission du proverbe ou du chant. Ces deux genres sont admis à tout lieu. Autant le proverbe est convoqué dans la résolution des conflits, pendant les baptêmes, pendant la récolte ou même lors des travaux champêtres, etc., autant le chant est sollicité dans des circonstances identiques. Par exemple, sur la place publique qui est « un lieu délimité par la disposition circulaire ou semi-circulaire du public à l’intérieur duquel l’on joue » (Konigson 1975, 77), le proverbe et le chant animent la vie des acteurs en présence. Dans le cas échéant, l’activité ou le sujet qui fait office de débat produit un impact soit sur le chant, soit sur le proverbe. Dans leur mode opératoire, notons-le, le proverbe et le chant s’abreuvent à la même source, car il n’y a aucun espace qui les dissocie chez le Dida. Partout où l’on se trouve, pourvu que le contexte s’y prête, l’énonciation d’un proverbe est possible. Il vient en appoint au discours de base et apparaît de ce fait comme « le cheval de la parole et le tam tam du sage » (Kourouma 2003, 6). Le chant, à son tour, est un véritable moyen de communication qui intervient dans les relations interpersonnelles puisqu’il « ne peut se passer des paroles. Ce n’est pas seulement un air, c’est aussi une atmosphère, une galaxie de sentiments ». (Pfauwadel 1981, 28). Pris sous cet angle, aucun espace n’est adéquat pour dire un proverbe ou émettre un chant. Dans la société dida, tout lieu qui connait la visitation des humains, est apte à les abriter. Quid donc du temps ? I.2. Le temps de l’énonciation De façon générale, le temps est la saison ; c’est-à-dire le moment ou la période marquée par le déroulement des événements, des phénomènes. Irréversible, il permet de situer une réalité selon la trajectoire dans laquelle la projette son auteur. Chez le Dida, deux instants, en l’occurrence le temps diurne et le temps nocturne, prévalent. Les deux enregistrent la participation des individus de toutes catégories sociales et classes d’âge. De même, proverbes et chants interviennent dans toutes les circonstances, à tous les niveaux et dans tous les domaines de la vie des peuples. Au niveau du temps diurne, les deux genres sont émis sans condition et à toute fin utile. Par ailleurs, alors que le proverbe continue d’être sollicité à cette période, le chant, quant à lui, impose des réserves 109
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