AGAPES FRANCOPHONES 2024
Esthétique de la transgénéricité du proverbe et du chant chez les Dida de Côte d’Ivoire _____________________________________________________________ 111 I.3. Des pôles de la production du proverbe et du chant Si le proverbe et le chant peuvent être produits en tout temps et en tout lieu, il convient de souligner qu’ils le sont grâce à l’émetteur, le récepteur et à l’agent rythmique. I.3.1. De la vocation de l’émetteur Dans le cas du proverbe, l’émetteur est celui qui livre le message, c’est-à-dire celui qui dit le proverbe. Selon la position qu’il occupe dans la communication, il sait à quel moment il faut faire intervenir le proverbe qui vient servir de preuve à la parole dite ordinaire. C’est parce que le proverbe mal calibré pourrait choquer l’auditoire. C’est pour cette raison que n’importe qui n’est pas émetteur de proverbe. Sous la plume de Gnessoté, on peut lire : « l’émetteur du proverbe, c’est celui qui est sage, celui qui a beaucoup retenu de ses parents et qui dispose d’une faculté lui permettant de beaucoup observer, regarder les faits se dérouler, les apprécier avant de donner le proverbe qui correspond à la situation » (2018, 521). Du fait de sa complexité, le proverbe exige de son émetteur, une certaine maturité, un état d’esprit bien disposé ou apte à mesurer le moment d’énoncer le proverbe. Tout cet effort relève d’un style docte et agréable à même de générer le sens du proverbe. Cauvin le résume en des termes allusifs :« le proverbe est un moyen de donner un sens à ce qui n’en a pas et quand l’émetteur dit un proverbe, il a bien l’intention de mettre un sens sur ce qu’il dit, que ce soit pour constater la conséquence d’une cause antérieure ou pour annoncer un effet futur » (1981, 19). Tel qu’appréhendé ici, le proverbe, en l’occurrence sa charge, incombe à l’émetteur. Il est le seul à cerner tous les contours de la communication qui nécessite l’emploi du proverbe. Même si, dans l’ensemble, les conditions de dire un proverbe ne sont pas favorables, il n’y a que l’énonciateur qui, conformément au contexte peut l’émettre. Dans ces conditions, l’essentiel pour l’auteur est de rencontrer l’assentiment de l’interlocuteur. Dans le cas du chant, l’émetteur est appelé aux mêmes fonctions que celui du proverbe. À l’instar de ce dernier, l’émetteur du chant transmet aussi un message ayant un impact sur l’auditoire. De la même manière, il tient compte du contexte car, à chaque situation, correspond un chant bien ajusté. Chez le Dida par exemple, celui qui chante ne le fait pas de façon fortuite. Il se réfère toujours à la circonstance. Il peut s’agir soit d’une situation heureuse, soit d’une situation malheureuse, soit d’une situation de guerre. En tout état de cause, l’émetteur du chant développe un esprit de hauteur qui l’amène à mieux produire le chant dans la condition favorable. Cette condition est indispensable pour captiver le récepteur. I.3.2. De la vocation du récepteur Le récepteur, comme son nom l’indique, est une personne qui reçoit le message émis par l’émetteur. En tant que tel, il a la lourde charge de le décadenasser car, en dépit des circonstances qui ont suscité 111
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