AGAPES FRANCOPHONES 2024

Dago Michel GNESSOTE _____________________________________________________________ 112 la production d’un proverbe ou d’un chant dans des situations bien connues de l’auditoire, les messages qui en découlent ne sont pas proches à être réalisés. Faits d’encodage au moyen de tournures langagières parfois complexes, ces messages ne se laissent pas aussi décrypter. Dans le cas du proverbe, l’auteur peut s’adresser à un individu ou à une catégorie d’individus en particulier. Bien que devant un public celui qui énonce le proverbe s’adresse à un individu à qui est destiné l’énoncé, il n’en est pas de même pour le chanteur. Peu importe la condition qui prévaut, toute situation conditionne un type de chant correspondant. Quand celui qui dit le proverbe le circonscrit maladroitement dans la communication, il peut être interpellé par son interlocuteur. Ce dernier est capable d’attirer son attention, puisque c’est à lui qu’est adressé le message. Il est aussi en mesure de demander que l’émetteur élucide son propos s’il n’est pas saisi. En revanche, avec le chant, le message destiné au collectif est reçu par chacun selon son niveau de compréhension. La difficulté ici, c’est qu’on ne parviendra pas à déconstruire le message livré à propos, parce qu’aucun dialogue n’est établi entre les instances en présence. Le mode opératoire dans l’émission du proverbe et dans la production du chant enregistre la présence des facteurs espace et temps, et la présence des acteurs (émetteur et récepteur) qui président aux destinées de ces deux genres oraux qui cloisonnent. II. De la coprésence du proverbe et du chant Dans la société dida, certains artistes, érudits de la parole proverbiale, ne manquent pas d’en recourir pour agrémenter, embellir leurs chants. Il leur arrive de solliciter un proverbe qui constitue la trame principale de leur chant. Ainsi, proverbe et chant, comme dans un même moule, s’imbriquent en vue d’accoucher des effets de sens dans la compréhension du message et dans le fonctionnement des deux genres. Dans le circuit du chant, le proverbe antéposé répond à un souci : attirer l’attention de l’auditoire sur ce qui va advenir ou lui donner des informations sur le chant. Taillé sur cette mesure, le proverbe en position initiale favorise la cohérence dans la compréhension générale du message véhiculé par le chant. L’artiste-chanteur ivoirien Alain Djiz adopte cette formule dans sa composition musicale « Si l’arbre savait 3 ». Le proverbe sur lequel s’ouvre le chant est « su nà ôkakpà sayi gbà wèli yaô gnéli ni ô zakpa dôpà à sô lélé » [« si l’arbre savait ce que lui réservait la hache, il ne lui aurait pas prêté sa branche pour lui servir de manche »]. Dans cette composition, l’artiste fait mention d’une contre- valeur sociale qui entache les relations interpersonnelles : l’ingratitude. En effet, selon le constat fait par le Dida, une hache sans une branche qui puisse lui servir de manche n’est rien. En plus, son usage devient délicat et malaisé voire inutile. L’apport contributif que lui apporte la branche 3 « Si l’arbre savait » est un Single de Alain Djiz présenté officiellement à l’émission Show Buzz le 26 avril 2024 112

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