AGAPES FRANCOPHONES 2024

Esthétique de la transgénéricité du proverbe et du chant chez les Dida de Côte d’Ivoire _____________________________________________________________ 113 est considérable d’autant plus que c’est ce qui donne fière allure à son image. La branche constitue un support qui lui donne un égard vis-à-vis de celui qui l’utilise. À l’égal de la hache, certains individus qui bénéficient des services des autres, laissent un faux témoignage. Au lieu de leur faire profiter le fruit du soutien à leur apporté, ils mésestiment la gratitude. Aussi dédaignent-ils le bienfaiteur ou le donateur au point où ils conspirent contre lui jusqu’à nuire à sa vie. Cette ingratitude notoire est à bannir de la société afin de consolider les liens entre les humains. Le proverbe d’avant le chant n’est rien d’autre que la forme condensée. À la réalité, c’est lui qui constitue l’objet du chant et c’est lui qui est interprété tout au long de ce dernier. Il est à l’image d’un titre qui, avant lecture, donne une idée de ce qui sera dit dans le texte. Outre la position de départ où le situe l’artiste, le proverbe donne de la consistance au chant. Dans ce cas, l’artiste procède à la manière d’une argumentation dont l’illustration reste la condition sine qua non de la compréhension des arguments formulés à propos ou en contexte. Il est clair qu’à l’intérieur du chant, le proverbe apparaît comme une boussole qui oriente l’artiste quand il perd ses repères. Outil clarificateur selon Pruvost (2006), le proverbe vient amplifier et embellir le chant qu’il intègre. Dans le cas échéant, le chant a le statut d’un discours ou d’une parole, mais une parole chantée qui explique une situation liée aux réalités sociales vécues ayant inspiré l’artiste ainsi que le démontre l’artiste-chanteur ivoirien Koum BB dans son morceau musical titré « Anou manan » 4 [« Faisons la paix »]. Le proverbe qu’il sollicite à cet effet est : « ôlilà dji è glàè, ô wàyràlè dji è kpukpo [« c’est à celui qui a mangé la tête de la panthère qu’on demande sa dent »]. Selon le constat fait par le Dida, on ne peut ne pas manger la tête d’un animal de surcroit, une panthère et nier de ne pas voir ses dents. C’est inadmissible, dans la mesure où les dents sont situées dans la bouche qui est une partie de la tête. Quiconque aura osé, parvient nécessairement à cet objectif. Dans l’imaginaire collectif du Dida, « manger la tête de la panthère », c’est poser une action remarquable, une action de grande envergure. Cette dernière pourrait avoir des retombées positives ou négatives. Qu’il s’agisse d’un résultat positif ou négatif, seul l’auteur de l’action aura des comptes à rendre. À travers ce chant, l’artiste vient rassurer l’auditoire. Il en appelle à la sérénité face à un événement qui pourrait troubler l’ordre public et dont on est loin d’être l’instigateur. Le proverbe qui vient illustrer de façon apodictique le chant « Faisons la paix », concorde avec le message émis par l’artiste puis y ajoute de la profondeur. De l’analyse, il ressort que le proverbe et le chant établissent un lien de parenté à l’effet d’exposer les réalités environnementales du peuple dont ils sont tributaires. Lesquelles réalités leur confèrent la vie, puisqu’aucun 4 Ce chant est un extrait de son album « Anou manan », sorti en 2018. 113

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