AGAPES FRANCOPHONES 2024

Dago Michel GNESSOTE _____________________________________________________________ 114 proverbe encore moins aucun chant, n’est le fruit du hasard. Au contraire, ils sont le fruit de la communauté qui les a vus naître. Abondant dans le même sens, Nazaire Diatta déclare que le proverbe exprime « l’expérience d’une civilisation en faisant référence au climat, à l’histoire, aux mythes, aux mœurs, aux institutions » (1998, 12). On ne peut, à cet effet, parler de proverbe ou de chant qui résulte d’une intention, étant donné que ces deux genres sont en corrélation avec les réalités de la société. À la fin du chant enfin, l’artiste mobilise un autre proverbe. Dans ce cadre, le proverbe requiert un sens particulier qui consiste à retenir l’essentiel de tout ce qui a été dit dans le chant. Les artistes l’apparentent à une leçon de morale sur laquelle médite l’ensemble de l’auditoire qui a reçu le message. Dans la position finale, le proverbe émis distille des enseignements. Aussi donne-t-il des conseils qui résument le chant exécuté comme c’est le cas avec le proverbe « tu es une antilope morte, mais la corne vit toujours » extrait du Chant 1 , cité ci-dessus. Chez le Dida, ce chant est exécuté lors des funérailles d’un être cher, quelqu’un qui a marqué les siens de son vivant ou une personne dont les actes posés ont fait grand écho à l’égard des autres. Ce dernier comparé à une antilope est le prototype d’une personne dont la société profitera toujours des actes bien qu’elle ait été emportée par la mort. Dans l’imaginaire dida, le corne de l’antilope reste d’une utilité sociale après la consommation du gibier. Dans le contexte actuel qui le motive, la corne n’est rien d’autre que toutes les bonnes œuvres qu’a enregistrées le défunt et qui, selon l’artiste, constitueront pour les siens, un devoir de mémoire. Ce proverbe qui conclut le chant l’impact significativement. Dans cette position, il apparaît comme la synthèse du message exécuté tout le long de celui-ci. Tout cet effort qui consiste à entremêler ces deux formes orales chez l’artiste-chanteur participe à l’esthétique et à la performance du chant. III. Proverbe et chant, un hybridisme formel ? Le proverbe et le chant sont inscrits au rang des genres oraux qui constituent de véritables canaux de transfert des savoirs dans l’Afrique traditionnelle. En littérature orale, qui est une discipline à part entière, ces deux genres appartiennent à la forme poétique. Cela dit, une distinction est à souligner. Le proverbe fonctionne comme un vers ou comme un verset selon le nombre de lignes occupées. Le chant au contraire, se présente comme un ensemble de vers abordant les caractéristiques d’un poème. Au niveau du fonctionnement, le chant introduit un chanteur qui est l’équivalent de l’émetteur avec le proverbe, tout comme l’est le public avec le récepteur. Dans ces deux moyens de communication somme toute, plusieurs paradigmes sont convoqués par les instances en présence. Il s’agit des références sociales, culturelles et philosophiques à partir desquelles l’on parvient à déceler leur contenu sémantique comme l’illustre le C hant 2 ci-après : 114

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