AGAPES FRANCOPHONES 2024
Esthétique de la transgénéricité du proverbe et du chant chez les Dida de Côte d’Ivoire _____________________________________________________________ 117 Eeeh ! hooo ! hann !, le baobab est tombé Salut, salut palmier à huile, salut palmier à huile. Ton jour est nuit et ta nuit est jour Tu es une antilope morte, mais la corne vit toujours. Les figures de style, selon Gnessoté (2017), peuvent se définir comme des procédés spécifiques utilisés pour convaincre, séduire, impressionner ou transmettre une vision du monde. Ces procédés sont mobilisés par les artistes pour exprimer aisément leur pensée comme c’est le cas du Chant 1 où ils font usage de métaphore (« Tu es une antilope morte, mais la corne vit toujours »), d’anaphore (« Toi l’arbre, Toi l’arbre, Toi l’arbre ») et d’hyperboles (« le baobab est tombé », « Toi l’arbre couché au bord du chemin », « toi palmier à huile »). Dans la circonstance actuelle, l’artiste établit un lien analogue entre le défunt et l’antilope. Chez le Dida, l’antilope est un animal est beaucoup considéré. On ne la tue pas pour la simple raison de servir de proie. La peau de l’antilope est utilisée dans la fabrication des tambours parleurs et autres catégories de tambours. Il en est de même de sa corne qui joue le rôle d’instrument de musique dans des cérémonies augustes, majestueuses. Malgré sa mort, l’antilope continue de vivre dans la mémoire du Dida. En la choisissant pour un défunt, l’artiste vante ici les mérites de ce dernier ; les qualités dont il a fait montre de son vivant. Les services rendus aux siens et les actions de grand intérêt qu’ils a posées renvoient à la corne de l’antilope qui vit toujours. En réalité, dans ce chant, l’artiste rend un grand hommage à titre posthume au défunt. Il rassure que même dans l’au-delà, les actions de bonne augure posées par le défunt ont laissé des traces indélébiles dans la mémoire de la communauté. Il renchérit avec l’emploi de l’anaphore pour insister sur le fait que ce dernier a marqué les siens par son grand cœur. En exprimant son état d’âme, l’artiste qui est la voix de la communauté, s’identifie au défunt dont il vante les prouesses. En le qualifiant de baobab , l’artiste met en exergue sa grandeur ineffable, sa stature multidimensionnelle. Il est enfin le palmier à huile du fait des multiples rôles joués dans la société dida. Le défunt a été tellement utile à sa communauté grâce à son apport de taille qu’il mérite qu’on lui témoigne cette grande reconnaissance. Outre les figures de style employées par l’artiste, il recourt aussi au rythme comme un mouvement dans le chant et par lequel se révèle la signification du message. Sous la plume de Kotchy, on peut lire que le rythme renvoie à « la cadence régulière d’une phrase poétique ou musicale, c'est-à-dire le retour périodique des mêmes combinaisons de durée se produisant plus ou moins symétriquement. » (2001, 39). Par le truchement des proverbes convoqués à dessein, « Ikônè kuku djè, na goui ikôkôkô » [« Tu es une antilope morte, mais la corne vit toujours »] ( chant 1 ) et « Yikàwi, mlétiokô » [« Quand les yeux pleurent, le nez n’est pas épargné »] ( chant 2 ), les artistes livrent avec dextérité 117
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