AGAPES FRANCOPHONES 2024
Jonathan BENDENNOUNE _____________________________________________________________ 122 L’une des approches disciplinaires ayant amplement contribué à la réflexion dans ce domaine (Galisson 1986) est connue sous le nom de « linguistique appliquée » (LA), application faite en l’occurrence à l’enseignement des langues maternelles et étrangères. Ce courant, après avoir fait l’objet de vifs débats et de critiques virulentes – et tout particulièrement sous l’effet de la vague communicative dans les années 70-80 (Berthet 2011 ; Véronique 2009, 2022) – revient néanmoins sur le devant de la scène de manière récurrente (Dabène 2015 ; Oursel 2015 ; Beacco 2021). I. Naissance de la linguistique appliquée À la question de savoir « comment bien enseigner ? » une quelconque discipline, il semble légitime, au premier abord, de considérer que les réponses se trouveront dans les « savoirs de référence » (Halté 1993, 50) : on a le sentiment que plus l’enseignement concorde scrupuleusement aux analyses théoriques, plus les apprenants seront à même d’en assimiler convenablement les concepts (Galisson 1994 ; Véronique 1994). C’est sur ce postulat simple que s’est fondée, sous l’initiative de Charles Fries, l’une des premières méthodes constituées sur les principes de la LA : l’ Audio-Lingual Method , développée à partir de 1945. Un bref rappel des principes théoriques et méthodologiques de cette méthode d’enseignement nous permettra de mieux comprendre l’évolution de ce courant pédagogique. I.1. L’Audio-Lingual Method L’objectif premier de cette méthodologie (nommée en français « audio-orale ») consistait à faire acquérir aux apprenants des structures linguistiques au moyen d’automatismes et de psittacismes. Deux branches disciplinaires furent aux fondements théoriques de cette approche : d’une part, la linguistique structuraliste d’orientation distributionnaliste – développée entre autres par Zellig et Harris – et d’autre part, la psychologie béhavioriste de l’apprentissage – fondée par Skinner (Avram 2006). I.1.1. La linguistique distributionnelle Selon les principes de la linguistique distributionnelle, l’analyse de la langue s’opère selon deux axes syntaxiques : l’axe paradigmatique et l’axe syntagmatique. – L’ axe paradigmatique est en quelque sorte l’axe « vertical » d’analyse des unités syntaxiques : on partage la phrase selon des unités élémentaires (ses « constituants immédiats ») qui peuvent être substituées ou échangées par d’autres items de valeur égale (Dubois et Dubois-Charlier 1970). En voici un exemple concret pour la phrase-modèle : l’enfant lit un livre . Après avoir opéré l’analyse des éléments constitutifs de cette phrase, la substitution paradigmatique autorise à reconstruire de nouvelles phrases sur la 122
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=