AGAPES FRANCOPHONES 2024
La linguistique appliquée à l’enseignement des langues – les avatars d’une tradition française _____________________________________________________________ 125 toutefois un type d’exercices particuliers que l’on retrouve encore dans certains manuels, connus sous le nom d’« exercices structuraux ». Selon les mêmes principes que l’ Audio-Lingual Method , les exercices structuraux sont basés sur l’idée selon laquelle la langue est constituée d’un ensemble de « modèles », mais l’accent y sera placé davantage sur le lexique que sur la grammaire syntaxique (Berthet 2011). Voici un exemple de ce type d’exercices : – Avez-vous du café ? – Non, je n’ai pas de café. – Avez-vous du thé ? – Non, je n’ai pas de thé. – Avez-vous du lait ? – Non, je n’ai pas de lait. Il s’agit là d’un exercice de substitution sur la base d’un dialogue, dans lequel la question est le stimulus et la réponse est la réaction attendue. Voici un exemple d’un autre type de ces exercices (Le Goffic 1970) : Transformez ces phrases au passif : La voiture a renversé le piéton. ➔ Le piéton a été renversé par la voiture. Le vent a cassé les branches. ➔ Les branches ont été cassées par le vent. etc. Il s’agit ici d’un exercice de transformation, dans lequel on conserve le sens et les éléments des phrases de base, et où l’on travaille sur l’axe horizontal avec une transformation de la voix active au passif. Comme on le voit, les principes de ces méthodes s’inspirent de disciplines dont l’objet d’étude est sans lien avec l’enseignement (des langues ou autres). La démarche originale des méthodologues, tel que Fries, fut donc « d’appliquer » ces principes venus d’ailleurs aux questions particulières de l’enseignement : le distributionnalisme de Zellig et Harris présentait ainsi une analyse du langage permettant de modéliser l’objet de l’apprentissage (formalisation épistémologique du savoir à enseigner), pendant que le béhaviorisme skinnérien permettait de formaliser les processus psychologiques d’apprentissage des langues (formalisation psychologique de l’acquisition du savoir). C’est à cet égard que ce courant est qualifié d’« applicationniste » en empruntant une voie allant « de haut en bas » (Halté 1993, 46), dont la démarche méthodologique consistait à puiser aux sources des disciplines de référence pour répondre aux besoins de son domaine propre, en l’occurrence l’enseignement-apprentissage des langues. II. Critiques et rejet de la linguistique appliquée Ces quelques rappels nous permettront de mettre en perspective les critiques – souvent virulentes – dont a été l’objet la LA dans le 125
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