AGAPES FRANCOPHONES 2024

Jonathan BENDENNOUNE _____________________________________________________________ 126 paysage académique français, lesquelles ont conduit à un rejet catégorique de cette discipline comme référence pour l’enseignement des langues (Véronique 2022). a) On trouve au premier chef le besoin de la discipline émergeante consacrée à l’enseignement des langues (étrangères) d’affirmer son autonomie par rapport à la linguistique dominante à l’époque, de sorte à développer ses propres théories et concepts en adoptant une « attitude heuristique d’origine intra-domaniale » (Galisson 1994, 29 ; voir aussi Berthet 2011). C’est dans ce mouvement que la discipline, désormais appelée « didactique des langues », se substituera à celle de la linguistique appliquée (Véronique 2022). b) La linguistique appliquée revendique une conception de la langue purement formelle, accordant une importance minime aux contenus, à la signification, aux situations sociales de communication, etc. (Suso López 2022). Cette remise en question de la forme au profit du sens se retrouve d’ailleurs dans les évolutions de la linguistique elle- même, avec l’émergence de recherches en ethnographie de la communication et en sociolinguistique. Ce recentrage sur le sens et sur les besoins communicatifs aura donc raison de l’application strictement formelle tirée de la linguistique structuraliste (Véronique 2022). c) Les théories de Skinner ont été violemment contestées par Noam Chomsky, qui n’acceptait pas de voir dans le langage un comportement simplement mécaniste (Chomsky 1980). Cette opposition catégorique, reprise et développée par de nombreux méthodologues de l’enseignement des langues, met en évidence le fait que le modèle de stimulus-réponse – quand bien même serait-il psychologiquement valable – ne peut s’appliquer à l’acquisition des langues, laquelle ne saurait être limitée à une pratique intensive d’imitation et de répétition (Coste 1970). d) Le dernier point de critique – qui nous semble le plus pertinent du point de vue théorique – consiste à contester l’aspect scientiste de la LA : quelle que soit l’exactitude minutieuse des descriptions formalisées par la linguistique, celles-ci ne sont nullement garantes d’un enseignement plus efficace (Halté 1993). En effet, dans la démarche applicationniste, tout se passe comme si l’on cherchait des solutions pour une discipline donnée – en l’occurrence l’enseignement d’une langue étrangère – en empruntant les concepts d’une autre discipline – la linguistique – qui n’a nullement été élaborée à cette fin. Celle-ci ignore en effet les contraintes liées à l’enseignement, les impératifs pédagogiques ou encore la subjectivité de l’apprenant, sa seule attention étant portée sur l’objet étudié (Atienza 2001 ; Besse 2018 ; Véronique 2022). III. Réflexions actuelles pour une possible réhabilitation de la linguistique appliquée En réexaminant ces différentes objections soulevées contre la linguistique appliquée près de 50 ans après leurs premières formulations, il nous semble qu’il y a lieu de réenvisager cette discipline sous un 126

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