AGAPES FRANCOPHONES 2024
La linguistique appliquée à l’enseignement des langues – les avatars d’une tradition française _____________________________________________________________ 127 nouveau jour, et d’en tirer parti avantageusement pour l’amélioration de l’enseignement de la grammaire des langues étrangères. Considérons tout d’abord la critique (a) : sans remettre en cause l’importance de ces ambitions indépendantistes, leur pertinence ne nous semble désormais plus d’actualité, puisque les cursus universitaires et les institutions de recherche et de promotion de l’enseignement des langues étrangères ont, depuis les années 1970, connu un essor remarquable (Cuq et Gruca, 2008). La longue relation de « frères ennemis » entretenue entre les deux champs disciplinaires de la linguistique et de la didactique des langues (Berthet 2011) semble désormais révolue, chacun d’eux ayant depuis lors acquis sa légitimité institutionnelle. Quant à la critique (b), celle-ci porte sur les apports produits spécifiquement par l’applicationnisme de la linguistique structuraliste. Il convient toutefois de noter que, là encore, les choses ont évolué depuis lors et que la linguistique a elle-même élargi ses horizons hors des sentiers du structuralisme. D’ailleurs, on observera que le courant de la linguistique appliquée (sous la version britannique de l’ Applied Linguistics ) est celui-là même qui a donné le jour au courant communicatif (Berthet 2011), ce qui est particulièrement révélateur de cette évolution. En outre, il semblerait qu’un malentendu se soit insinué, au fil des étapes de l’applicationnisme, entre les principes posés par Fries et les méthodes concrètement élaborées : « To be effective, the results of these analyses and comparisons must be embedded in exercises made up of complete utterances carrying on the communication essential to real life social situations 2 » (Fries in « Preparation of Teaching Material, practical Grammars, and Dictionaries, especially for foreign Languages », cité par Berthet, 2011). En ce qui concerne la critique (c) ayant pour cible les théories béhavioristes, il va sans dire que notre propos ne sera pas ici de prendre position dans ce débat majeur. Mais comme dans la remarque précédente, nous noterons simplement que – pour autant que l’on cesse d’envisager la LA comme une discipline close dans laquelle s’articulent exclusivement les théories structuraliste et béhavioriste – les avancées opérées en psycholinguistique et en linguistique cognitive ont évidemment des modèles à proposer à l’acquisition des langues, qui pourraient se substituer aux théories béhavioristes (voir Chini 2009). Quant à la critique (d), celle-ci remet effectivement en cause le fondement théorique de la LA : si l’on peut considérer les critiques précédentes comme contingentes – puisqu’elles visent spécifiquement les circonstances dans lesquelles cette discipline s’est constituée dans le contexte de l’époque – celle-ci remet en cause l’idée même d’un applicationnisme puisant ses théories dans des disciplines externes. 2 « Pour être efficaces, les résultats de ces analyses et comparaisons doivent être intégrés dans des exercices consistant en des énoncés complets qui permettent de transposer les aspects essentiels de la communication dans des situations de vie concrètes » [n. tr.]. 127
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