AGAPES FRANCOPHONES 2024
Écrire depuis Berlin, penser la littérature _____________________________________________________________ 136 de mon premier roman, j’étais prêt à commencer en parallèle de mon travail dans un hôtel de Berlin. C’était en mars 2020, la pandémie a poussé l’hôtel à fermer ses portes, nous avons été renvoyés chez nous avec du temps entre les mains et un salaire partiel. J’ai commencé à écrire dès le lendemain et j’ai terminé mon premier roman vers la fin de l’année ; je l’ai envoyé par la poste à huit maisons d’éditions en France. Une première a émis un avis favorable à condition que le texte soit retravaillé ; j’ai repris le manuscrit. La maison Gallimard m’a contacté quelques mois plus tard. Il y a eu plusieurs étapes, lecteurs, grands lecteurs, directrice du service manuscrit, un premier éditeur et un second, puis le comité de lecture. Le roman a été retenu. Nous (les éditeurs de Gallimard et moi) sommes partis des corrections de la première maison d’édition que j’avais déjà mises en œuvre pour construire une troisième version du texte qui a été publiée en avril 2022. Plus que l’aspect prestigieux et patrimonial de la maison Gallimard, j’ai été heureux d’engager un travail sur mon texte avec des gens de grande expérience qui m’ont aidé dans mon cheminement d’auteur à parfaire ma technique, mon style, ma compréhension de ce qu’est un roman. V.M. : Avez-vous des modèles en littérature ? Quels sont les auteurs que vous appréciez ? B.L . : Je n’ai pas suivi d’étude de lettres, ce qui explique que mes références puissent paraître aléatoires. J’ai commencé par lire des romans jeunesses, puis de la poésie romantique, les œuvres au programme du lycée et une liste d’auteurs qu’il est difficile de relier les uns aux autres : Salinger, Leiris, Austen, Ionesco, Anouilh, Updike, Bukowski, Hemingway, Joyce, Fournier, Mc Ewan, Sartre etc… Je noterai l’importance dans ma vie de lecteur de la bande dessinée japonaise, et particulièrement de l’ouvrage de Jiro Taniguchi, Quartier lointain , auquel je pense toujours lorsque j’écris. Plus récemment, j’ai été bouleversé par le recueil de Maya Angelou, Still I rise , par le texte de Neige Sinno, Triste Tigre , et par l’œuvre complète d’Édouard Louis. Pour répondre à votre première question, je ne parlerai pas de modèle, dans le sens où je ne cherche ni à copier, ni à reproduire, ni au contraire à m’écarter de l’existant pour produire des textes fondamentalement originaux. Je dirai simplement que lorsque j’écris, je ne me pose pas vraiment la question de ce qui a déjà été fait, ou de ce qui s’apprête à naître. Il me semble que ces questions, si elles sont intéressantes, ne favorisent pas l’acte d'écriture et produisent des textes inscrits dans , écrits par rapport à , ce qu’il me semble préférable d’éviter. V. M. : Quelle est la différence entre l’expression d’un écrivain dans la poésie et dans les textes de prose ? 136
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