AGAPES FRANCOPHONES 2024

Notes de lecture _____________________________________________________________ 148 la problématique du mal, illustré sous la forme d’une ombre qui accapare totalement la lumière. Chez Germain, le meurtre semble au premier abord un acte gratuit, sa motivation étant floue et mystérieuse. Mazzella, à travers son analyse, montre qu’en effet le mal n’est jamais gratuit, qu’il existe toujours un autre mal à l’origine, issu d’un procès de propagation dynamique. L’autrice de l’article observe ainsi que le meurtrier commet son crime suite à des traumatismes bien enracinés dans son enfance. Ainsi, le mal semble avoir des ténèbres qui trouvent ses origines dans plusieurs malheurs cachés dans la profondeur de l’âme. Ramila Demane Debbih propose une « Poétique du Mal dans le texte de Malika Mokeddem », en s’intéressant à la transformation de la violence en une source de renaissance chez l’écrivaine algérienne d’expression française. En dévoilant la souffrance des femmes algériennes dans la société postcoloniale – à travers des témoignages de viols, de mariages forcés, de crimes dont elles ont été victimes –, l’écriture de Mokeddem devient un moyen de rompre du silence. En fondant son analyse sur les romans L’interdite , Des rêves et des assassins et La transe des insoumis , Demane Debbih observe comment l’écrivaine dénonce la violence et les attitudes patriarcales envers les femmes, tout en s’interrogeant sur le pouvoir de la littérature de guérir les blessures du passé. Ainsi, pour l’autrice de l’article, la poétique du mal à l’œuvre chez Mokeddem ouvre sur un « horizon régénérateur » pour les traumas personnel et collectif. Anna Szkonter-Bochniak décrypte les « différentes formes de mal dans l’œuvre d’Ananda Devi » –viol, autodestruction, inceste, violence en famille, pauvreté, meurtre. L’autrice de l’article remarque une forme de fascination pour le mal chez Devi, souvent représenté comme une transgression et une libération de tout ce qui est interdit. Szkonter- Bochniak décrit d’abord les figures masculines agressives : des hommes qui tuent, fréquentent des prostituées, abusent de leurs proches ; certains d’entre eux sont marqués par des traumatismes collectifs enracinés dans le passé colonial. Elle évoque ensuite les personnages féminins malfaisants qui se prostituent, trahissent, se vengent, protestent, trompent leurs partenaires, se révoltent contre le mal qu’elles subissent. Szkonter-Bochniak met ainsi en lumière la volonté d’Ananda Devi de réfléchir, à travers son œuvre, à la dualité humaine – cette capacité à faire à la fois le bien et le mal – en représentant de manière riche et nuancée la part sombre de l’être humain. En s’appuyant sur les romans Entendez-vous dans les montagnes de Maïssa Bey, Le village de l’Allemand de Boualem Sansal, et Au vent mauvais de Kaouther Adimi. Michèle Sellès Lefranc s’intéresse à la représentation du mal dans les mémoires traumatiques conflictuelles et à leur transmission. Elle souligne le rôle de l’écrivain dans l’établissement d’un lien entre les générations et leurs mémoires, la littérature acquérant ainsi un pouvoir réparateur face aux traumas du passé. 148

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