AGAPES FRANCOPHONES 2024
Notes de lecture _____________________________________________________________ 149 Mhamed Leqdeh construit son article autour de la problématique « du mal physique et [du] mal moral dans la littérature carcérale au Maroc ». Il convoque des témoignages d’anciens prisonniers militaires incarcérés à Tazmamart, accusés d’avoir participé aux deux tentatives de coup d’État de 1971 et 1972. Selon Leqdeh, ces récits révèlent la souffrance atroce des prisonniers, la violence et la torture qu’ils ont subies, tout en dévoilant une histoire longtemps occultée. Ils montrent également combien les expériences vécues ont laissé des traumatismes profonds dans la psyché des détenus. La présence constante de la mort, la destruction progressive de la santé mentale et physique des prisonniers sont autant de facettes du mal, engendré par des conditions de vie inhumaines et une terreur psychologique omniprésente. La sous-partie « Le Mal et la littérature populaire » s’ouvre avec un article signé par Fatima Tebdjoun : « Barbe Bleue : réécritures contemporaines d’une figure polymorphe du mal ». Cette article propose une nouvelle lecture littéraire du concept de mal à travers la figure emblématique de Barbe Bleue, en s’appuyant sur plusieurs réécritures contemporaines d’auteurs tels qu’Hortense Dufor, Amélie Nothomb, Elena Jonckeere et Harry Bellet. Chacun de ces écrivains réinvente l’archétype du personnage et explore sa part sombre dans toute son ambiguïté. Dans l’article « Thomas Owen et le phénomène fantas(ma)tique : Le mal moral au coin de la rue », Denis Moreau montre comment le réel, quotidien et banal, est représenté dans le fantastique owenien, et comment la figure diabolique s’inscrit dans un « surnaturel quotidien ». Le mal devient ainsi une caractéristique centrale du personnage fantastique chez Owen, situé à la frontière entre le réel et l’imaginaire. Ioana Marcu propose une analyse des « déclinaisons du mal dans le roman Marseille 73 de Dominique Manotti », en mettant notamment en lumière le clivage socio-spatial au sein de la cité phocéenne, ainsi que les thèmes du meurtre, de l’impunité et de la complicité des forces de l’ordre, censées protéger tous les habitants, quelles que soient leurs origines. Marcu souligne le pouvoir de la littérature à attirer l’attention du lecteur contemporain sur le danger persistant des discours xénophobes ou anti-étrangers qui continuent de circuler autour de nous. Cette sous-partie se clôt sur l’article « Une Dichotomie du Mal : Entre la peste vindicative et le crime inévitable dans le roman policier Pars vite et reviens tard de Fred Vargas ». Ciprian Onofrei y met en évidence la frontière floue entre le bien et le mal, ce qui confère une certaine ambiguïté à la compréhension du mal. La deuxième partie de l’ouvrage rassemble des études portant sur la question du « Mal et les arts du spectacle ». Paul Aimé Ekoumbamaka s’intéresse à « La déshumanisation à l’écran : le cas du génocide rwandais de 1994 », en prenant pour exemples les films Un dimanche à Kigali de Robert Favreau et Opération Turquoise d’Alain Tasma. Selon Ekoumbamaka, la représentation des scènes de torture et de massacre 149
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