AGAPES FRANCOPHONES 2024
Notes de lecture _____________________________________________________________ 153 idéologiques. En conclusion, Fréris exprime son regret que, malgré la large diffusion de l’œuvre de Kédros de son vivant, celle-ci soit aujourd’hui tombée dans l’oubli, tant en France qu’en Grèce. Marc Quanghebeur évoque dans « "La clarté est un parti-pris". Contradictions et spécificité du monde littéraire belge francophone de l’après-guerre » les défis auxquels se heurte la littérature belge francophone. Qu’il s’agisse de la dénomination la plus juste à choisir pour cette littérature – littérature belge de langue française ou littérature française de Belgique –, la difficulté de définir le champ littéraire belge de langue française, l’interrogation relative à l’existence d’un « tempérament » spécifique belge – conduisant à une littérature nationale qui exprime l’âme d’un peuple – ou d’une vie littéraire belge, ou bien l’idée d’une lutte surgissant entre langue et sentiment national, les problématiques auxquelles s’attaque l’auteur sont pertinentes et abondamment soutenues par la bibliographie critique. Ancien étudiant et disciple de Roland Barthes, Gaëtan Brulotte analyse, dans son article intitulé « Homo amans ou Homo eroticus ? Amour et désir d’après Roland Barthes », les « différences conséquentes et [les] distorsions du concept analysé » (p. 103) qu’il a pu observer entre le Séminaire donné à l’École pratique des hautes études (1974–1976) et l’ouvrage Fragments d’un discours amoureux (1977). Brulotte constate que, tandis que le séminaire était ponctué d’interrogations et que les leçons inaugurale et terminale étaient savamment construites autour de l’appareil méthodologique élaboré par Barthes, dans la version publiée, ces considérations ne subsistent que dans l’introduction, où elles sont condensées et réduites à leur strict minimum. En conclusion, Brulotte affirme que, même si Roland Barthes n’a peut-être pas réussi à renouveler le sens de l’acte d’aimer, « il a assurément sorti l’amour de la banalité et a conduit à d’autres façons d’en discourir » (126). Dans « Raconter l’indicible : l’esthétique du trauma dans Rue Ordener, Rue Labat de Sarah Kofman », Monica Garoiu examine le roman testimonial de l’écrivaine juive survivante de l’Holocauste dans lequel celle-ci transpose l’expérience traumatique de son enfance vécue au temps de la Shoah. Par le truchement de son analyse, Monica Garoiu se propose d’expliquer le rapport entre le trauma, la narration et le corps, d’analyser les enjeux psychiques que comporte le récit autobiographique et enfin mais pas des moindres de déceler au niveau diégétique les marques traumatiques de cette plaie saignante qui pousse l’autrice à se suicider quelques mois seulement après la parution de son livre. Le rapport que les individus appartenant à la deuxième génération d’immigrés maghrébins à l’Hexagone entretiennent avec leurs deux langues maternelles, l’arabe et le français, est minutieusement analysé par Ioana Marcu dans son article « L’anticommunication dans la littérature issue de l’immigration maghrébine » . L’autrice se donne pour but d’y illustrer l’« altération du statut identitaire de la langue, notamment de la langue des ancêtres, devenue non-partageable » (144), en analysant des 153
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