AGAPES FRANCOPHONES 2024
Notes de lecture _____________________________________________________________ 156 judicieuse aboutit à rendre l’humour et l’ironie d’un texte qui constitue le prétexte d’une méditation douce-amère sur la destinée des philosophes face à la fortune et les compromis que, en vieillissant, ceux-ci finissent par accepter. Nous nous devons de remarquer que la traductrice effectue des remaniements au niveau de la ponctuation de l’œuvre diderotienne, ajoutant également de multiples alinéas afin de faciliter la lecture du texte. Ramona Maliţa se penche sur la première partie de la nouvelle Histoire de Paulin e (1786-1794), nouvelle à part que l’on rattache à l’œuvre de jeunesse de Madame de Staël. Traductrice expérimentée, Ramona Maliţa, non seulement manie avec maîtrise les phrases de l’écrivaine et philosophe française en aboutissant à une traduction sensitive de l’amour que porte la jeune Pauline à son cher Théodore, mais aussi, opère-t-elle, par des raisons de lisibilité, de nombreuses modifications relatives à la ponctuation ainsi qu’à la disposition des paragraphes. Réunies sous l’emblème « Pages inédites », les cinq contributions du dernier dossier viennent donner une touche de fraîcheur et d’originalité au volume. Par l’intermédiaire d’ Une enfance en Bucovine , Elena- Brânduşa Steiciuc entreprend un retour nostalgique dans son enfance qu’elle passe dans la ville de Suceava, pendant les années soixante. Elle y remémore, tour à tour, les durs hivers, « de vrais océans, qui engloutissaient les villes et les villages » (328), la vie dans la maison de fonction que ses parents reçoivent en tant qu’employés des chemins de fer, l’humour de sa grand-mère maternelle, les classes primaires, indissociables de la figure de Victoria Reut, son institutrice, ou bien des figures pittoresques de ses collègues de classe tout comme « Dumitru Stamate et Petrică Lupu, les deux tsiganes de la classe, les plus bruyants » ou « Adriana Iliescu, [s]on éternelle rivale au premier prix » (328-329). Mais l’histoire dans laquelle elle s’investit le plus est l’histoire de l’amour de ses parents, Elena Maftei et Gheorghe Sumanaru, matérialisée malgré la réticence de ses grands-parents paternels. Cristina Montescu nous propose un extrait d’un roman en cours d’écriture, Des corps sur la langue , dans lequel elle met en scène son alter ego d’enfance, une fille rebêle grandissant dans une famille bilingue à Montréal – la langue maternelle de la mère étant le roumain et celle du père le français – et refusant de parler la langue de sa mère, une « langue tellement étrangère pour [elle] » (337), seulement « pour la contrarier et la mettre en colère » (338). Ce qui intrigue dans le roman, est le rapport paradoxale vis-à vis du binôme langue-territoire que manifestent et la fille et la mère : la fille, car, malgré le refus de s’exprimer en roumain, est animée par un grand désir d’entreprendre un voyage en Roumanie et la mère, car, elle presse sa fille à connaître sa langue maternelle, tout en refusant de lui faire connaître la terre de ses ancêtres. Écrivaine émigrée à Québec, Alina Dumitrescu raconte dans Polyphonie à Côte-des-neiges la réussite de son intégration dans son pays d’adoption, mais aussi et surtout dans sa ville d’adoption, Montréal, cette « destination creuzet » où le monde entier vient, de même que dans 156
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