AGAPES FRANCOPHONES 2024
Ioana MARCU _____________________________________________________________ 32 « enfant illégitime » 1 , le rôle salvateur de l’école, mais aussi le racisme, la ségrégation, le silence, la rupture et la violence sous toutes ses formes. L’examen du corpus littéraire féminin issu de l’immigration maghrébine révèle une présence constante de la violence sous ses multiples visages : physique, verbale, sexuelle, etc. Cette thématique traverse l’ensemble des œuvres de notre corpus. Dans Beur’s story 2 de Ferrudja Kessas (1990), Ils disent que je suis une beurette 3 de Soraya Nini (1993), Nuit d’encre pour Farah 4 de Malika Madi (2000), Mon père, ce harki 5 de Dalila Kerchouche (2003), Du rêve pour les oufs 6 de Faïza Guène (2006) et Kiffer sa race 7 de Habiba Mahany (2008), les actes violents surgissent aussi bien dans l’espace domestique que dans la rue ou à l’école. Les principaux artisans de cette violence sont souvent des figures masculines : le père, le frère aîné, les camarades de classe, les adversaires, les policiers ou encore d’autres représentants de l’autorité. Le caractère fortement autobiographique de ces récits nous invite à supposer que ces auteures écrivent la violence qu’elles ont elles-mêmes subie ou dont elles ont été témoins, que ce soit au sein de la cellule familiale ou dans l’espace urbain. Beur’s Story de Ferrudja Kessas, par exemple, est né de la colère de l’auteure, victime d’un mariage forcé. En mettant en scène sa propre révolte, elle transforme son roman en un manifeste contre la condition féminine, dédié à ses « sœurs maghrébines » afin qu’elles « [cessent] d’être cette entité négligeable qui hante l’arrière-plan des romans de [leurs] jeunes frères maghrébins » (BS, 7). De son côté, Dalila Kerchouche évoque les violences subies par sa famille, en Algérie durant la Guerre d’indépendance, puis en France, à travers l’errance imposée aux harkis dans les camps de transit. Dans ce qui suit, nous nous attacherons à étudier les différentes figures du « mâle guerrier » présentes dans les romans de notre corpus et les formes de violence qu’il exerce pour affirmer son autorité. I. Variations de la figure masculine Si la plupart des écrivaines de la deuxième génération mettent en scène des héroïnes en quête de leur propre voie, cherchant à échapper aux trajectoires que l’on tente de leur imposer, il est intéressant de souligner l’importance des personnages masculins, en particulier les membres du cercle familial, dans leurs récits. À première vue, des romans comme Beur’s Story de Ferrudja Kessas, Ils disent que je suis une beurette de Soraya Nini, Nuit d’encre pour Farah de Malika Madi, Mon père, ce harki de Dalila Kerchouche, Du rêve pour les 1 Voir Abdelmalek Sayad. « Les enfants illégitimes 2 », in Actes de la recherche en sciences sociales , vol. 26-27, mars-avril 1979, p. 117-132. 2 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (BS), suivi du numéro de la page. 3 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (DSB), suivi du numéro de la page. 4 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (NEF), suivi du numéro de la page. 5 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (PH), suivi du numéro de la page. 6 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (RO), suivi du numéro de la page. 7 Dorénavant désigné à l’aide du sigle (KS), suivi du numéro de la page. 32
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