AGAPES FRANCOPHONES 2024
Variations de la violence au masculin dans la littérature féminine issue de l’immigration maghrébine _____________________________________________________________ 35 Quant aux fils cadets auxquels Faïza Guène et Habiba Mahany prêtent leur voix, ces derniers échouent dans leur tentative de s’imposer comme des figures d’autorité, que ce soit au sein de la famille ou dans la cité. Dans Du rêve pour les oufs , Foued cherche à adopter un rôle viril dans son quartier, mais Ahlème, avec sa sagesse, parvient à le ramener à la réalité. Dans Kiffer sa race , Adam, influencé par la religion, tente de dominer Sabrina, mais sa sœur ne se laisse pas faire ; au contraire, elle s’oppose fermement à lui. Si les actes violents sont moins fréquents au sein des foyers, ils se multiplient en dehors, dans la rue, à l’école, ou même en bas des immeubles. Dans les récits de Faïza Guène, Habiba Mahany et Dalila Kerchouche, la violence devient une réponse systématique utilisée par les policiers, les contrôleurs, les élèves, les habitants du quartier et les administrateurs des camps. Cette violence a pour but d’affirmer leur autorité ou d’exclure l’autre, celui perçu comme l’intrus qui menace l’ordre établi. Après avoir exploré la présence des personnages masculins oppressants dans Beur’s story , Ils disent que je suis une beurette , Nuit d’encre pour Farah , Mon père, ce harki , Du rêve pour les oufs et Kiffer sa race , nous approfondirons désormais les différentes formes de violence qu’ils infligent. II. La violence verbale Chez Ferrudja Kessas, Soraya Nini, Faïza Guène, Malika Madi, Habiba Mahany et Dalila Kerchouche, les personnages masculins exercent fréquemment une violence physique ou psychologique à l’encontre de ceux qui les entourent, qu’ils appartiennent à leur groupe ou soient extérieurs à leur clan. Ils transforment parfois leur entourage en « prisonniers » ou en objets, usant de la violence verbale comme d’une arme redoutable. Ces hommes, souvent colériques, maîtrisent l’art de l’insulte et de la menace à tel point que ceux-ci deviennent des instruments de pouvoir redoutés. Les premières scènes de violence surgissent au sein du foyer, où se jouent des confrontations entre des personnages dominants (pères, frères aînés, etc.) et des personnages dominés (souvent les filles ou les sœurs, mais parfois même d’autres membres masculins de la famille). Dans ces échanges, les mots prennent le pas sur les coups, et le langage, en tant qu’« une véritable arme blanche » (Harel 2008, 66), devient capable de blesser profondément. Le père, figure (faussement) autoritaire, cherche (parfois en vain, parfois trop tard) à imposer sa supériorité, notamment à l’égard des femmes. Ainsi, Monsieur Azouik, après une nuit de débauche, rentre tard et insulte son épouse, maudissant sa propre existence. De son côté, Monsieur Nalib, en tant que gardien des traditions ancestrales, menace d’enfermer sa fille Amel pour préserver son honneur et éviter de « perdre la face devant les gens » (DSB, 70). Il impose également des restrictions sévères à Naïma 35
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