AGAPES FRANCOPHONES 2024

Ioana MARCU _____________________________________________________________ 36 et Samira, une fois qu’elles sont devenues des « femmes », leur interdisant de « traîner » en bas de l’immeuble, comme elles l’avaient fait pendant leur enfance. Étant donné l’absence quasi constante du père, qui ne peut s’investir pleinement dans l’éducation de ses enfants, en particulier de ses filles, il délègue sa responsabilité à son remplaçant : le premier fils né. Ce dernier se voit attribuer la lourde tâche de protéger l’honneur familial, en veillant à ce que ses sœurs et ses frères ne compromettent pas la réputation du clan par un comportement jugé inapproprié. Mohamed et Yacine, conscients de leur rôle, affichent leur autorité au sein de la famille, cherchant à affirmer leur position hiérarchique en écrasant ceux qui leur résistent, qu’ils soient hommes ou femmes. À la moindre désobéissance ou attitude déviante de la part de leurs sœurs ou frères, ils réagissent immédiatement, usant de mots dévalorisants qui attaquent directement la dignité de leurs interlocuteurs. Yacine, surnommé « le KGB », incarne l’autorité suprême du clan, n’hésitant pas à faire montre de sa domination. Il se fait particulièrement brutal envers ses sœurs, Amel et Samia, qui deviennent chacune à leur tour les cibles de ses insultes cruelles. Face à ses « paroles assassines » (Harel 2008, 70), les deux jeunes filles n’ont guère le temps de réagir, car le KGB combine violence verbale et physique avec une rapidité dévastatrice. Mohamed, l’aîné de la famille Azouik, profite de son rôle de (véritable) chef de famille pour déployer une agressivité constante. Il menace de « casser en deux » Malika et Fatima si elles dévient de la voie de la vertu, et n’hésite pas à exprimer sa volonté de recourir à la violence physique, notamment lorsque Malika ose défendre Slimane. Souffrant de la non-reconnaissance de la soi-disant autorité que leur statut de mâle dans la famille est censé leur conférer (malgré leur jeune âge et l’avantage dont bénéficient les aînés), les cadets cherchent souvent à affirmer leur supériorité vis-à-vis de leurs sœurs en recourant à des propos blessants et dévalorisants. Lorsque personne n’ose expliquer à Madame Nalib pourquoi Samia ne suivra pas le même parcours scolaire que ses sœurs, Foued, en tant que seul homme présent, se sent investi de la responsabilité de veiller sur l’avenir des filles de la famille. Il prend alors la parole pour insulter sa sœur en la redéfinissant : elle devient à ses yeux une « nulle », une « bête », une inintelligente. Cette nouvelle identité de Samia suscite le rire chez Foued, mais plonge sa sœur dans la honte et la souffrance, l’amenant à se percevoir altérée à travers les yeux dégradants de son frère. Cependant, Foued n’oserait jamais adopter une telle posture de domination face au KGB, dont il est régulièrement la cible de violence verbale et/ou physique. Un cas particulier est celui d’Adam, le benjamin de la famille Asraoui. Ce dernier reproche vivement à son père son indulgence excessive envers ses filles, qu’il juge contraire à l’autorité d’un véritable chef de clan. Lorsque son père est hospitalisé, Adam estime que le moment est venu pour lui de revendiquer son autorité en tant qu’unique 36

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