AGAPES FRANCOPHONES 2024

Variations de la violence au masculin dans la littérature féminine issue de l’immigration maghrébine _____________________________________________________________ 39 riposter en adoptant un langage mêlant argot, verlan et arabe : « ‒ Qu’est-ce qu’il délire, ce bouffon ? D’où les croyants vénèrent Dieu ? C’est n’importe quoi ce que vous dites, m’sieur ! […] Ça se fait pas de raconter un truc pareil, c’est hlam ! Je savais que vous étiez un cistera , la vérité, je vais direct chez le proviseur. » ( KS , 51) Si la violence verbale constitue une première forme d’agression, elle n’est bien souvent qu’un prélude à la violence physique. Dans les romans étudiés, l’insulte, la menace ou l’humiliation verbale créent un climat de tension qui dégénère fréquemment en affrontements corporels. Ce passage à l’acte découle d’une volonté de domination. Lorsqu’une insulte ne suffit plus à asseoir une autorité ou à rétablir un ordre perçu comme menacé, le corps prend le relais : coups, bousculades et autres formes d’agression deviennent alors l’ultime moyen d’imposer son pouvoir. Ainsi, la parole, loin d’être un simple échange conflictuel, devient une arme qui prépare et justifie le passage à l’acte. III. La violence physique Dans les romans du corpus, la violence physique prend le relais de la violence verbale lorsque les personnages masculins veulent imposer leur autorité ou se faire obéir. Ce passage à l’acte est souvent annoncé par des menaces explicites. Ainsi, avant de punir Amel, KGB la prévient brutalement : « Je vais te tuer ! » (DSB, 68), tandis que Mohamed, en sanctionnant violemment Malika pour un simple retard, « [joint], comme d’habitude, le geste à la parole » (BS, 53). Comme pour la violence verbale, c’est d’abord au sein du foyer familial que cette brutalité éclate. Dans Ils disent que je suis une beurette et Beur’s story , KGB, Monsieur Nalib et Mohamed ne se contentent pas d’intimider ou d’insulter leur interlocuteur : ils traduisent leurs menaces en actes, infligeant des châtiments physiques d’une extrême brutalité. Samia témoigne d’un de ces épisodes d’une violence inouïe : « Le KGB fonce carrément sur moi, je me retrouve par terre. Il prend sa ceinture et me frappe avec […]. Le pire, c’est quand il lâche la ceinture pour me donner des coups de pied dans le ventre […]. Je crie de douleur, d’effroi et d’horreur. Il est fou de rage » (DSB, 113-114). La fureur des agresseurs semble dépasser le simple besoin de punir : elle relève d’une logique de domination où la souffrance infligée devient une démonstration de pouvoir absolu. Lorsqu’elle se manifeste à l’extérieur du foyer, la violence physique prend des formes variées. La première est celle de l’« embrouille » (Le Goaziou et Mucchielli 2009, 417), un affrontement entre individus d’un même quartier, souvent déclenché par des éléments en apparence « futiles : une insulte, un geste obscène, une question d’honneur, une histoire de racisme, une vengeance » (Le Goaziou et Mucchielli 2009, 418). Ces tensions, omniprésentes dans Du rêve pour les oufs et Kiffer sa race , dégénèrent fréquemment en altercations. Foued, par exemple, se retrouve arrêté par la police après une « grosse embrouille entre les petits de l’Insurrection […] et ceux de Youri-Gagarine, la cité voisine » (RO, 69). 39

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