AGAPES FRANCOPHONES 2024
Jouissance textuelle et hybridité narrative dans la littérature postcoloniale francophone : Djebar et Mabanckou _____________________________________________________________ 63 textes de la culture antérieure et ceux de la culture environnante ; tout texte est un tissu nouveau de citations révolues. Passent dans le texte, redistribués en lui, des morceaux de codes, des formules, des modèles rythmiques, des fragments de langages sociaux, etc., car il y a toujours du langage avant le texte et autour de lui. (Barthes 1992, 370-374) Ainsi, tout texte entretient des rapports étroits, explicites ou implicites, avec d’autres textes. Ces interactions, dont la nature et les modalités varient, relèvent du phénomène que Roland Barthes nomme « intertexte ». Cette dynamique intertextuelle se manifeste notamment par la citation, mais aussi par des allusions, des emprunts ou des échos dissimulés. C’est dans cette perspective que Julia Kristeva développe le concept d’intertextualité, afin de désigner l’ensemble des processus de circulation, de transformation et de dialogue entre les textes au sein du discours littéraire. Selon elle, « tout texte se construit comme mosaïque de citations, tout texte est absorption et transformation d’un autre texte. À la place de la notion d’intersubjectivité s’installe celle d’intertextualité, et le langage poétique se lit au moins, comme double. » (Kristeva 1969, 85) Ces propos de Kristeva nous permettent d’affirmer que tout texte est forcément établi à partir d’un enchevêtrement d’autres textes et d’innombrables références. Dans la scène romanesque postcoloniale, ce dynamisme ne nous oblige pas uniquement à reconsidérer tout le système textuel, mais il donne également lieu à un arsenal d’interprétations. Dans Palimpsestes. La Littérature au second degré, Gérard Genette reprend cette notion afin d’en fournir une définition plus explicite. Il avance que l’intertextualité représente une relation de coprésence entre deux ou plusieurs textes, c’est-à-dire, eidétiquement et le plus souvent, par la présence effective d’un texte dans un autre. Sous sa forme la plus explicite et la plus littérale, c’est la pratique traditionnelle de la citation (avec guillemets, avec ou sans référence précise) ; sous une forme moins explicite et moins canonique, celle du plagiat […], qui est un emprunt non déclaré, mais encore littéral ; sous forme encore moins explicite et moins littérale, celle de l’allusion, c’est-à-dire d’un énoncé dont la pleine intelligence suppose la perception d’un rapport entre lui et un autre auquel renvoie nécessairement telle ou telle de ses inflexions, autrement non recevable. (Genette 1982, 8) Plutôt que de se limiter à une simple typologie, Genette inscrit l’intertextualité dans une théorie plus vaste, celle de la transtextualité, qu’il définit comme l’ensemble des relations qu’un texte entretient avec d’autres. Il distingue ainsi cinq types de relations transtextuelles : l’intertextualité, la paratextualité, la métatextualité, l’architextualité et l’hypertextualité. Ces catégories ne doivent pas être vues comme indépendantes les unes des autres, mais comme des phénomènes interconnectés, susceptibles de se croiser et de s’enrichir mutuellement (Genette 1982, 16). Or, en plus de reprendre la notion d’intertextualité, il l’imbrique dans un concept global. Il s’agit de la « transtextualité, ou 63
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