AGAPES FRANCOPHONES 2024

LAHRAOUI Salma _____________________________________________________________ 64 transcendance textuelle du texte » (Genette 1982, 8). Il désigne ainsi toute trace explicite ou implicite d’un texte dans un autre. C’est, finalement, une coprésence de textes qu’il qualifie de « transcendance textuelle » (Genette 1982, 8). Dans ce sens, il distingue cinq niveaux de « transtextualité » : paratextualité, métatextualité, architextualité, hypertextualité, intertextualité (Genette 1982, 8). Il est utile de souligner que pour Genette, ces différents types de transcendance textuelle ne sont nullement à considérer « comme des classes étanches, sans communication ni recoupements réciproques. Leurs relations sont au contraire nombreuses, et souvent décisives » (Genette 1982, 16). Ainsi, ils entretiennent des rapports d’échange réciproque, d’influence et d’interférences. À ce stade, il sera légitime d’affirmer que l’intertextualité serait une forme d’hybridité dans la mesure où dans un espace textuel plusieurs texte s’entrecroisent et se combinent afin de créer par leur dynamisme d’inédites formes narratives, mais également de nouvelles significations. L’Amour, la fantasia de Djebar témoigne de cette structure à la fois complexe et transgressive. Les deux premières parties battent en brèche toutes les théories qui attribuent au texte littéraire une conception fermée. En effet, entre ses lignes se déjouent les frontières rigides et étanches entre les voix narratives, les genres et les niveaux d’énonciation. Celles-ci ne sont pas uniquement remises en cause, mais complétement abolies à travers la convocation et l’intégration dans la scène de l’écriture de Djebar de plusieurs sources et/ou références externes. Dans les séquences historiques de la première partie « La prise de la ville ou l’amour s’écrit » (AF, 9-69), l’auteure recourt à plusieurs points de vue des assaillants afin de peindre avec précision les péripéties de la conquête de l’Algérie par les Français. Dans ce sens, ce sont Amable Matterer, le Baron de Barchou de Penhoën, J.-T.- Merle et Changarnier qui sont convoqués. À son tour, la deuxième partie, intitulée « Les cris de la Fantasia » (AF, 71-157), introduit Bosquet, Montagnac, Pélissier, Canrobert, St. Arnaud et d’autres voix anonyme 3 . Notons que toutes ces traces intertextuelles sont rendues perceptibles essentiellement à travers le recours à la citation. Il s’agit pour Djebar d’emprunter des passages de mémoires, de correspondances ainsi que de journaux d’écrivains, d’officiers, de 3 Amable Matterer : Officier de l’armée française ayant participé à la conquête de l’Algérie ; Baron de Barchou de Penhoën : Historien militaire français, auteur de récits justifiant l’expansion coloniale ; Jean-Toussaint Merle (J.-T. Merle) : Journaliste et écrivain, connu pour ses écrits en faveur de la colonisation ; Général Changarnier : Commandant militaire actif en Algérie, impliqué dans la répression des résistances locales ; Général Pierre Bosquet : Officier français ayant servi en Algérie, devenu plus tard maréchal de France ; Colonel Lucien de Montagnac : Officier célèbre pour ses lettres décrivant avec brutalité les actes de guerre coloniale ; Général Aimable Pélissier : Responsable du massacre des grottes du Dahra, symbole des violences coloniales ; Maréchal François Canrobert : Militaire engagé dans la conquête, futur maréchal de France ; Jacques Leroy de Saint-Arnaud : Général et ministre de la Guerre, acteur majeur de la colonisation algérienne. 64

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