AGAPES FRANCOPHONES 2024
Jouissance textuelle et hybridité narrative dans la littérature postcoloniale francophone : Djebar et Mabanckou _____________________________________________________________ 65 peintres français ou de personnes étrangères et anonymes. C’est « un emprunt littéral et déclaré » (Roux-Faucard 2006, 6). Toutefois, il faudra rajouter que cette présentation textuelle et fidèle de la citation est, également, accompagnée d’un autre choix de mention moins littéral. Ce sont des références convoquées et/ou évoquées par l’intermédiaire de la voix de Djebar ou carrément celles de personnages qui prennent amplement la parole. À ce niveau, aucune marque de citation n’est exploitée. C’est ce qui parsème les deux premières parties pour trouver sa pleine manifestation dans la troisième où l’auteure cède la voix à des femmes algériennes qui s’emparent des rênes de l’énonciation et de la narration. Par le jeu de l’intertextualité, dans ses multiples formes et niveaux d’expression, Assia Djebar s’emploie à créer un tiers espace. Il ne s’agit pas d’exclure les récits étrangers, mais de les mettre en tension avec des voix autochtones. Ce processus dynamique de reconfiguration du discours colonial propose une expérience de lecture à la fois déroutante et stimulante. L’ouverture du texte à d’autres horizons culturels et narratifs participe ainsi à l’enrichissement de la création littéraire. Le rejet des frontières rigides du texte s’accompagne d’une invitation faite au lecteur : celle de reconnaître, au fil de la lecture, un réseau dense de références explicites et implicites. Dans cette même perspective, les œuvres d’Alain Mabanckou mobilisent également un vaste champ intertextuel. Loin de toute vision restrictive ou monolithique, son écriture postcoloniale se distingue par des stratégies hybrides qui mêlent les registres, les voix, les langues et les références culturelles. Cette dynamique contribue à brouiller les frontières génériques et discursives, et engage le lecteur dans une lecture active, marquée par la discontinuité, l’ironie et le jeu littéraire. En plus de l’exposition photographique 4 qu’il offre, il fait référence à plusieurs œuvres littéraires ainsi que cinématographies. C’est le cas, entre autres, du roman Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix où la littérature occupe une place primordiale dans la vie des personnages. Hortense, en se remémorant la conception de la lecture selon Kimbembé, s’arrête sur Stendhal, Genet, Camus, Cohen, Hugo et Balzac (PF, 36). S’ajoute à cela le début de la relation du couple Hortense/Kimbembé qui était basée sur un échange de livres notamment « Les Méditations poétiques d’Alphonse de Lamartine, Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry et La Peste d’Albert Camus. » (PF, 133) Sans oublier, le premier repas partagé entre Hortense/ Kimbembé et Christiane/Gaston lequel « déboucha sur la littérature » (PF, 166) notamment Lamartine, Rimbaud, Baudelaire, Céline, Georges Sand, Alfred de Vigny et André Malraux (PF, 166-170). 4 Dans Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix , chaque chapitre s’ouvre sur une photographie, créant ainsi un dispositif visuel qui évoque une véritable exposition au fil du récit. Ces images, en ponctuant la narration, instaurent un dialogue constant entre texte et image, mémoire et fiction. 65
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