AGAPES FRANCOPHONES 2024

LAHRAOUI Salma _____________________________________________________________ 68 couvre plusieurs aspects. Tout d’abord, il s’agit pour l’auteur d’élargir les frontières du texte littéraire et de l’ouvrir sur des horizons multiples. Un dynamisme qui rejette les conceptions toutes faites de la scène littéraire comme espace fermé. Ici, la coexistence de plusieurs et différentes références reflète une trace de l’altérité tout en octroyant au récit une valeur universelle. En fin, le dépistage des emprunts et évocations textuels est susceptible de procurer un plaisir de lecture à deux niveaux tout à fait différents : tout d’abord, quand le lecteur réussit à identifier la présence de l’intertexte ; ensuite, lorsque celui-ci se retrouve englouti dans cette vivacité des allusions. Précisément, alors qu’il « vacille, […] achoppe, [et s’]embrouille » (Barthes 1992, 10). III. Digressions et ruptures narratives Dans Les Petits-fils nègres de Vercingétorix, Mabanckou nous donne à voir des univers inachevés. Lors de la lecture, le lecteur est invité à suivre « la production du texte » et « à participer à son élaboration » (Gauvin 2019, 9). Il est dès « La note de l’éditeur » (PF, 9- 11) renseigné sur l’instance principale gérant le récit. Autrement dit, il est question d’une mise en scène du renoncement de l’auteur à tous ses pouvoirs et emprise sur le roman lesquels droits sont discernés à sa protagoniste Hortense. Cette dernière est affichée comme sa seule et unique propriétaire. Or, la complexité de la structure du récit ne réside pas à ce niveau. En effet, ce sont les choix esthétiques qui déroutent de par leur rupture avec les dispositifs d’écriture classiques. Dès l’ouverture, le récit prend la forme d’un tissu de digressions, articulées autour de multiples analepses. L’absence de table des matières, que le lecteur tente parfois de reconstituer, ne permet pas de clarifier la trame narrative. Le regroupement de titres semble indiquer une certaine dynamique, mais il ne reflète en rien la structure réelle du texte. En d’autres termes, le récit donne l’illusion d’un déroulement que l’on suivrait pas à pas, alors qu’en réalité, l’ordre des événements racontés ne correspond pas à leur enchaînement chronologique. Ce que propose Hortense, c’est une reconstitution des faits, et non une narration en temps réel. Cela explique l’imbrication constante des temporalités et des espaces, ainsi que l’effort de mémoire exigé par l’acte même de réécriture — ce qu’Hortense désigne comme l’action de « retracer ». Cette démarche est explicitée dans le préambule du récit, lorsqu’elle déclare :« Depuis que le cours des événements laisse à penser que quelque chose devrait bientôt nous arriver, j’ai entrepris de retracer dans ce cahier ce que j’avais noté jusqu’alors ici ou là, sans me soucier de toute chronologie » (PF, 13). Malgré sa simplicité apparente, cette phrase ouvre plusieurs pistes de réflexion. Trois verbes clés attirent l’attention : « entreprendre », « retracer » et « noter ». Le second, en particulier, met en lumière le travail de recomposition auquel se livre la narratrice. Mais plus encore, les temps verbaux 68

RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc3NjY=