AGAPES FRANCOPHONES 2024

LAHRAOUI Salma _____________________________________________________________ 70 À quel point cette réflexivité peut-elle servir de dispositif pour penser le processus d’intertextualité ? Ce sont des questions qui animeront notre prochaine réflexion. 3. La mise en abyme : entre duplication textuelle et intertextualité Dans l’introduction de son essai Le roman comme atelier, Lise Gauvin explicite son projet d’écriture : Cet ouvrage propose d’identifier certaines figures archétypales chargées de représenter la scène de l’écriture, – par des dédoublements astucieux et/ou par des mises en évidence de la production du texte – instituant ainsi le roman comme atelier et invitant le lecteur à participer à son élaboration. Ces figures se distinguent des réflexions théoriques et des témoignages directs livrés par les écrivains sur leur propre pratique dans la mesure où il s’agit d’une mise en œuvre, dans l’espace même du roman, de figures autoréflexives qui entretiennent avec l’auteur réel, et avec les autres instances du roman, des rapports ambivalents et complexes. (2019, 9) D’emblée, l’expression « la scène de l’écriture » capte notre attention. Par celle-ci, Gauvin désigne l’espace textuel où se tient l’acte même d’écrire. Elle s’intéresse à plusieurs scènes romanesques postcoloniales de par la préoccupation de leur auteur de créer des espaces narratifs et énonciatifs originaux. C’est un caractère singulier qui revient à la représentation en leur sein de ce processus d’écriture. Nous assistons, donc, à la création même du texte. C’est la raison pour laquelle, Gauvin compare ce dernier à un « atelier ». Les instances énonciatives et narratives s’avèrent être productives du texte littéraire, mais également de tout un discours explicite ou implicite autour de celui- ci. S’ajoute à cela, le statut de ces instances qui sont tantôt des doubles de l’auteur même tantôt des figures fictionnelles à qui tous les pouvoirs sont délégués. Par conséquence, concevoir la scène littéraire comme un espace de (auto-)réflexivité renvoie à ce que Dällenbach définit comme un procédé de mise en abyme, lequel consiste à « reproduire fidèlement le sujet même de l’œuvre » (1977, 21). De ce fait, le lecteur se retrouve dans une sorte de cercle vicieux, mais réussit quand même à distinguer l’« œuvre porteuse » (Dällenbach 1977, 43) de l’« œuvre portée » (Dällenbach 1977, 18). C’est exactement à ce niveau qu’une interrogation s’impose avec acuité : sera-t-il légitime d’avancer que la mise en abyme est une expression particulière de l’intertextualité ? En désirant éclaircir le procédé de « mise en abyme », Lucien Dällenbach avance que « est mise en abyme toute enclave entretenant une relation de similitude avec l’œuvre qui la contient » (1977, 18). La complexité de ce procédé réside dans l’instauration d’une structure 70

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