AGAPES FRANCOPHONES 2024

LAHRAOUI Salma _____________________________________________________________ 72 ce petit cahier tout neuf, d’inscrire notre dernière conversation » (DLF, 124). Ensuite, le questionnement qu’il se pose à soi-même : « Est-ce vraiment un journal que je commence, ces jours d’hiver ? » (DLF, 129). De la première, deux idées méritent notre attention. D’un côté, l’adjectif « neuf » indique la nouveauté de cette pratique d’écriture. D’un autre côté, le groupe verbal « d’inscrire notre dernière conversation » (DLF, 124), complément de la locution « avoir besoin de », trahit sa fonction de nominalisation. Nous devinons qu’il s’agit de relater des événements, des faits et/ou exprimer des ressentis. S’ajoute à cela plusieurs marques du caractère diurnal de la relation. C’est ce qui est perceptible à travers la datation ainsi que les indications spatio- temporelles des notes prises et/ou des récits narrés. Nous en citons : « Novembre (je ne sais plus quel jour) Douaouda-sur-Mer, à l’aube » (DLF, 126), « 25 décembre » (DLF, 129) , « 30 décembre 91 » (DLF, 131) , « Fin de l’année » (DLF, 132) , « 12 janvier 1992 » (DLF, 132) , « 18 janvier » (DLF, 133) et « 14 février » (DLF, 135). Pourtant, ce n’est pas uniquement ce cahier intitulé « Journal d’hiver » (DLF, 115) qui s’insère dans le dispositif narratif créant un récit enchâssé. En effet, nous nous retrouvons également confronté à un roman inachevé intitulé – L’adolescent . C’est ce que nous découvrons dans la troisième partie (DLF, 181-216) à travers Driss lorsqu’il rencontra Marise. Dans ce sens, le passage suivant s’avère être fort révélateur : Juste avant de partir, Driss précisa que, dans le deuxième paquet, toujours ficelé, il y avait à la fois un manuscrit et un cahier. -Le cahier, vous verrez : mon frère a écrit, sur la première page, simplement Journal. Je crois qu’il l’a daté, presque jour après jour. Mais je n’ai jamais ouvert que les premières pages ! […] -L’autre enveloppe, continua doucement Driss, c’est un manuscrit … Complet ou non, je n’en sais rien. Il porte, comme vous le verrez, le titre L’Adolescent. Mon frère avait tapé, en dessous, roman. Puis il a barré cette mention et a écrit, de sa main, le mot récit. Je pense qu’il a emporté avec lui la suite… (DLF, 193-194) Après la disparition de Berkane, Driss déniche les écrits de son frère qu’il révèle à Marise. Dans cet extrait, le narrateur parle de paquet retrouvé comportant « un manuscrit » et « un cahier ». Nous devinons que ce second fait référence au « Journal d’hiver », ce qui confirme nos postulats précédemment avancés. Le premier, quant à lui, suggère un écrit rédigé à la main intitulé L’adolescent . Il s’agit du roman entamé, mais inachevé ou incomplet de Berkane. Ce qui nous intéresse ici est que celui-ci est intégré dans la texture même de La Disparition de la langue française en tant que section de la deuxième partie « L’amour, l’écriture » (DLF, 81-180). Par conséquent, nous pouvons avancer que le roman de Berkane agit ici comme une mise en abyme dans la mesure où nous assistons à l’emboitement d’une œuvre dans une autre. C’est un enchâssement qui nous oblige également à considérer l’idée 72

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