AGAPES FRANCOPHONES 2024
LAHRAOUI Salma _____________________________________________________________ 74 langue française. En effet, contrairement à cette dernière où le journal ainsi que le manuscrit de Berkane représentent un microcosme inséré dans le récit cadre, l’histoire d’Hortense, quant à elle, constitue le récit principal. Plus que ça c’est le roman même qui se présente à nous. En d’autres termes, Mabanckou renonce à tous ces pouvoirs et attribue sa création littéraire à son personnage fictif. Le procédé de mise en abyme est poussé à l’extrême puisque ce n’est qu’à la fin de celui-ci que le lecteur prend réellement conscience de l’élaboration du roman et de son achèvement sous son regard. C’est ce que vient illustrer la section qui le clôture « Un titre pour ce cahier » (PF, 249) où Hortense avance hâtivement : « Maribé entrouvre la fenêtre. Avec agilité, elle s’est retrouvée derrière la case. Je lui tends maintenant la photo de Christiane et Gaston, le bout de papier de Léopold Mpassi-Mpassi et ce cahier. Je marque sur celui-ci le premier titre qui me vient à l’esprit : Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix… » (PF, 249) Dans toute la troisième section (PF, 245-249) de « Derniers feuillets : Le Départ pour Pointe-Rouge », Hortense ne cesse d’exprimer son désir d’achever son cahier. À ce niveau plusieurs interrogations taraudent notre esprit notamment s’il s’agissait vraiment du cahier reçu par le comité de lecture (PF, 9). Le lecteur assiste au griffonnage des derniers mots 11 . Toutefois, ce qui capte réellement notre attention est que nous nous retrouvons témoin de la désignation d’un titre pour ce cahier. Notons que quoique se confondant avec le titre du roman de Mabanckou, le choix de ce dernier n’intrigue pourtant pas tellement. En effet, c’est une formulation qui vient tout simplement souligner voire renforcer et éclairer davantage ce qu’a communiqué la « Note de l’Éditeur » (PF, 9). L’auteur concède toute sa scène romanesque à Hortense qui témoigne en relatant la guerre civile à travers la reconstitution des miettes de son passé effectuant ainsi un perpétuel déplacement dans le temps et dans l’espace. Conclusion En explorant les romans du corpus – L’amour, la Fantasia et La disparition de la langue française d’Assia Djebar ; Les Petits-Fils nègres de Vercingétorix et Lumières de Pointe-Noire d’Alain Mabanckou – à la lumière de la théorie barthésienne de la jouissance textuelle, cet article a mis en évidence la richesse et la complexité des stratégies narratives postcoloniales. Loin d’une linéarité rassurante, les textes étudiés se distinguent par une fragmentation délibérée, une intertextualité foisonnante et un recours récurrent à la mise en abyme. Ce sont autant de procédés qui sollicitent activement le lecteur et l’invitent à participer à la construction du sens. Ces formes d’hybridité narrative ne visent pas seulement à troubler les repères classiques du récit, mais à créer un espace littéraire dynamique, polyphonique et ouvert, où les frontières 11 D’où le titre de l’avant dernière section du roman : « Griffonner les derniers mots ». (PF, 248) 74
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